Qui était «Zoo Project», le street-artiste français tué à Détroit?

ART Bilal Berreni a dessiné un bestiaire sur les murs de Paris, a découpé les silhouettes des martyrs de la révolution tunisienne et peint les visages des réfugiés lybiens...

Anne Demoulin

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«Les Martyrs» à Tunis, œuvre de Zoo-Project.
«Les Martyrs» à Tunis, œuvre de Zoo-Project. — Zoo-project.com

Le street-artiste Bilal Berreni, alias «Zoo Project», s'était fait remarquer à Paris dès l'adolescence en peignant sur les murs d'immenses fresques engagées en noir et blanc. Le jeune homme de 23 ans vient d’être été identifié par les autorités américaines, selon le Detroit Free Press. Il aurait été assassiné en juillet dernier à Détroit. Un corps non identifié pendant huit mois, un artiste, trop méconnu également.

Naissance de Zoo-Project

Le Franco-Algérien Bilal Berreni aimait Gustave Courbet et parole dessinée. Dès l’âge de 15 ans, il parcourt Paris la nuit, en quête de murs à investir. Bac arts appliqués à l'école Boule et BTS communication graphisme à Duperré en poche, il passe quelques mois dans le squat La Gare aux gorilles et tourne autour des Beaux-Arts.

Le jeune street-artiste entreprend de dessiner tout un bestiaire: des hommes à tête de chien, de bélier, de taureau, nus la plupart du temps. Son nom d’artiste vient de là, Zoo Project.

L’esquisse de la révolution tunisienne

«Il était un être éveillé, pur, qui n'a fait aucune concession avec la société», a déclaré le père du défunt, Mourad Berreni à la presse américaine. En mars 2011, ce jeune homme de 20 ans se rend en Tunisie au plus fort de la révolution. «Je suis parti de France sans but défini, simplement parce que j’estimais que la révolution tunisienne – comme toutes celles qui secouent le monde arabe – était un événement unique, porteur d’un grand espoir », écrivait-il alors.

Il peint alors les martyrs de la révolution, soit quarante silhouettes découpées qu’il expose le long des plus importantes rues de la capitale tunisienne. «Ils font partie de l’avenir, de cette Tunisie qui se dessine, s’esquisse sous nos yeux. C’est cette esquisse que j’essaye de représenter», expliquait-il alors.

Les visages des réfugiés de Choucha

Bilal Berreni séjourne également un mois dans le camp de Choucha, à la frontière lybienne. Il passe un mois à photographier, à dessiner les visages des réfugiés: «Pas de territoires, pas de visages», constate-t-il alors.

Sur son site, il expliquait vouloir montrer «la détresse de ceux qui ne sont plus considérés et traités comme des humains, parqués dans des non-lieux».

Il se fait alors remarquer par les médias, Libération et le Monde Magazine consacrent des reportages à ses dessins représentant «les visages de la révolution».

Sur la route

Il part aux Etats-Unis en 2012, séjoune à New-York, puis fait un court séjour en prison dans l’Ohio. Il relate cet épisode dans un court livre d’une quarantaine de pages. Il reprend la route jusqu’à Détroit et retourne en France.

«C'est assez bien d'être fou»

Une bonne nouvelle l’attend à Paris: le synopsis qu'il avait déposé au CNC avec son ami vidéaste Antoine Page a obtenu les 40.000 euros nécessaires.

En août, ils partent pour quatre mois à travers la Russie jusqu'au Pacifique pour revenir en cargo par la route maritime du Grand Nord. Leur projet, un film sur les fantômes de l’URSS, mêle vidéo et dessin.

En mars 2013, il retourne à Détroit avec comme projet de dessiner la banqueroute de la ville américaine. Ses proches supposaient une vie d’errance, de rencontres et de projets artistiques…