Jo Nesbø: «Les meurtres ont moins de sens dans la réalité que dans les polars»

INTERVIEW «Police», la dixième aventure de l’inspecteur Harry Hole, sort ce jeudi…Un thriller épais et prenant par un maître norvégien du genre, Jo Nesbø...

Joel Metreau

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Jo Nesbø, auteur norvégien de polars, en 2013.
Jo Nesbø, auteur norvégien de polars, en 2013. — Jørn H Moen

La Suède a son Kurt Wallander, l’Islande son Erlendur Sveinsson, pour la Norvège c’est Harry Hole. L’inspecteur bourru créé par l’ex-journaliste et musicien Jo Nesbø, 53 ans, arpente les rues d’Oslo pour élucider des crimes et courir après des serial killers. Sa dernière et dixième aventure, Police (Gallimard, 21 €), sort ce jeudi en France. Interview d'un auteur à succès.

Comment avez-vous créé Harry Hole? 

Quand j’ai commencé à écrire, je ne me l’imaginais pas comme un personnage de série. C’était dans mon premier livre L'Homme chauve-souris que je ne pensais même pas voir publier. J’étais davantage concentré sur l’intrigue que sur le héros. Au second livre, j’ai eu envie de le réutiliser. Ce n’est qu’au troisième que j’ai compris qu’il serait le personnage central d’une série. Une série qui utiliserait la société scandinave comme décor, mais avec une approche américaine, avec un héros dur à cuire, au penchant pour l’alcool, en conflit avec ses proches. Puis j'ai créé des antagonistes dans lesquels il se voit comme dans un miroir.

Il y a aussi une dimension sociale dans vos polars…

Je me perçois davantage comme un écrivain de divertissement. Ce n’est pas dans mes intentions. La seule exception, c’est Rouge-gorge, qui revient sur la manière dont la Norvège a écrit son histoire sur sa participation dans la Seconde Guerre mondiale. J’explore plutôt des thèmes individuels comme les relations père-fils, la jalousie, les crimes commis par la passion.

Comment écrivez-vous?

En notant une idée sur une page ou deux. Puis un synopsis d’une vingtaine de pages voire d’une centaine avec l’intrigue et des bouts de dialogue. Je ne travaille pas tous les jours, je ne suis pas assez organisé. Je veux garder la méthode que j’ai utilisée pour mon premier roman: l’écriture, c’est quand je n’ai rien d’autre à faire.

Du coup, quelle était l’idée principale de Police?

Très inspiré du dramaturge Henrik Ibsen. L’idée que les secrets du passé, enfouis pendant longtemps, commencent à remonter la surface. Des policiers sont tués sur les lieux de crimes sur lesquels ils ont enquêté dans le passé.

Vous vous inspirez de faits divers?

Non, je n’utilise pas les crimes réels. Dans la littérature, les meurtres ont généralement du sens, pas dans la vraie vie.

Vous venez de terminer The Son (Le fils), qui n’est pas un Harry Hole. Pourquoi?

J’ai besoin de prendre un peu congé de Harry de temps en temps. Après avoir écrit un Harry, je peux très bien écrire autre chose comme un livre pour enfants…

Pour The Son, vous venez de rencontrer l’acteur américain Channing Tatum

Oui, on a vendu les droits de The Son à Warner Brothers, d’après un synopsis d’une centaine de pages. Warner Brothers les a donnés à Channing Tatum. Il est venu à Oslo avec ses producteurs et on a parlé de cinéma.

Vous avez apprécié des films récemment?

Ça fait longtemps que je n’ai pas été enthousiasmé par un film. Le meilleur film que j’ai vu ces dernières années, c’est Toy Story 3.

Pour ce qui est de la télé, vous avez écrit «Occupied», un projet de série d’anticipation, coproduit par Arte… Presque prémonitoire.

C’est une idée que j’ai eu il y a deux ou trois ans. L’histoire de la Russie qui occupe un autre pays, la Norvège, pour disposer de leurs ressources pétrolières. C’est une occupation douce et sans violence. Mais si rien ne change dans la vie quotidienne, que signifie alors des principes comme la liberté ou l’indépendance nationale?