VIDEO. Festivals culturels et extrême droite: Faut-il boycotter ou inviter NTM?

CULTURE Olivier Py, le directeur du Festival d’Avignon, a dit qu’«il faudrait partir» si le FN passait au second tour dimanche. Une position pas toujours partagée. Retour sur les choix pris par les manifestations culturelles confrontées à l’extrême droite…

Alice Coffin

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Devant le Palais s à Avignon
Devant le Palais s à Avignon — Sipa

Boycotter, y aller mais le poing levé, annuler, délocaliser? On ne parle pas des Jeux Olympiques en milieux dictatoriaux mais des festivals culturels en terres d’élection de l’extrême droite. Lundi, le directeur du festival d’Avignon, Olivier Py, a annoncé que si le Front National arrivait en tête, dimanche, au second tour des élections municipales, «il faudrait partir». C’est-à-dire maintenir le festival, mais ailleurs? Une solution critiquée et pas forcément légale.

Pour certains, mieux vaut rester et manifester son désaccord. Pour d’autres, mieux vaut annuler. Par ailleurs, il est compliqué de spéculer sur d’éventuelles victoires de l’extrême droite avant la fin des élections. Interrogé par 20 minutes, le festival Visa pour Image de Perpignan – où le FN est arrivé en tête dimanche au premier tour – explique du reste «attendre le résultat du 2nd tour pour se prononcer». Sans faire trop d’hypothèses, ou alimenter d’inutiles polémiques, on peut rappeler ces deux exemples survenus ces dernières années dans des situations proches.

1995 à Toulon, le président du festival invite NTM

En 1995, le Front National accède à la mairie de Toulon. Gérard Paquet, directeur du Théâtre national de la danse et de l’image (TNDI) et président du festival de Châteauvallon, sur les hauteurs de Toulon, face à la mer, décide d’en faire un lieu de «résistance culturelle». Et d’y inviter NTM. Le TNDI en perdra sa subvention, et Paquet finira par être viré.

Angelin Preljocaj, qui devait prendre la direction du Ballet de Toulon à la même époque, renonce de son côté et appelle au boycott.

2000, Patrice Chéreau refuse d’aller au festival de Salzbourg

En 2000 après l’entrée au gouvernement du parti de Jorg Haider, Patrice Chéreau et d’autres artistes annoncent qu’ils boycotteront le festival de Salzbourg. Chéreau s’en explique alors dans Libération avec les arguments suivants: «Tout le monde fait comme si la situation en Autriche n’était pas si grave. J’ai estimé qu’il n’y avait aucune chance pour que ma présence quatre jours à Salzbourg puisse s’apparenter à un quelconque acte de protestation. Mettre un smoking et aller faire le récitant dans Berlioz me semblait à la fois dérisoire et inacceptable. Cela ne pouvait que cautionner cette chose molle et effrayante. Refuser d’y aller est ma seule possibilité d’expression.»

A l’inverse Luc Bondy alors directeur du festival de Vienne estimera lui qu’il convient d’en faire un lieu de résistance.