Kaoru Mori, l'auteur du manga «Bride Stories», revendique des femmes «fortes de caractère»

MANGA La Japonaise, auteur des séries à succès «Emma» et «Bride Stories», est venue France pour la première fois. «20 Minutes» l'a rencontrée…

Joel Metreau
— 
L'héroïne de
L'héroïne de — 2009 Kaoru Mori

«Elle refuse d’être photographiée», avait précisé l’attachée de presse. Dommage, car pour sa première venue en France, Kaoru Mori, 35 ans, apparaît dans un splendide kimono traditionnel. A faire pâlir de honte l’environnement aseptisé de cet hôtel, à deux pas du Salon du livre, à Paris. La Tokyoïte était venue à la rencontre de ses fans, qui tiennent pour la plupart en mains un exemplaire de sa série «Bride Stories». Prix intergénérations du Festival d’Angoulême de la bédé en 2012, cette saga, dont le sixième volume vient de sortir (éditions Ki-Oon, 7,65€) raconte l’histoire d’une jeune femme, Amir, mariée à un garçon de 12 ans, dans l’Asie centrale au XIXe siècle. Cette union suscite une guerre des clans.

Souci du réalisme et du détail

Ce qui séduit d’emblée c’est la précision avec laquelle est relatée la vie quotidienne de ces habitants des steppes. Les meubles de bois sculptés comme les étoffes raffinées sont reproduits avec une profusion de détails. Un souci de documentation et de réalisme, qui traduit aussi le respect du travail manuel. «Les objets de l’époque, vous imaginez bien que je ne peux pas les acheter, explique Kaoru Mori. La seule façon pour moi de les voir c’est d’aller à des expositions, des musées et de feuilleter des recueils de photos.» «Elle a une collection incroyable de livres chez elle, en japonais comme en langues étrangères», remarque son éditeur français, Ahmed Agne.

Pas de sensiblerie

Après son passage à Paris, sa bibliothèque se remplira de «bandes dessinées», les séries historiques Conquistador et Murena, mais aussi de «livres sur l’artisanat ancien, comme la fabrication du champagne». De quoi puiser des modèles pour une future série? Jusqu’ici, c’est la littérature qui a nourri ses choix de sujets. Les récits de voyage pour «BrideStories», les romans britanniques du XIXe siècle pour «Emma», sa série précédente, qui respire le Jane Austen à toutes les pages. «Le XIXe siècle anglais, je le connaissais depuis l’enfance, avec ses histoire de domestiques et de manoirs.» Emma, c’est une femme de chambre, dont la vie journalière est interrompue  par ses nombreux soupirants. Un récit délicat, mais dénué de sensiblerie.

«Femmes fortes de caractère»

Féministe Kaoru Mori? «J’ai une admiration pour des femmes aussi fortes de caractère que celles que je dessine. Je ne sais pas si je pourrais être comme elles, mais j’aspire à l’être.» Cette mangaka qu’on nous disait timide s’épanche. Elle évoque son enfance dans un quartier populaire de Tokyo, entre son grand et son petit frère, ses parents qui ne l’ont pas dissuadé de dessiner, mais pas encouragée non plus. A 18 ans, elle termine sa première production complète d’un manga et se représente sous la forme d’un avatar, qu’elle veut bien nous dessiner. Un autoportrait pas très fidèle. Kaoru Mori ressemble davantage à ses héroïnes.