Auguste, l’illustre inconnu

ARCHEOLOGIE Le Grand Palais accueille une exposition sur le règne d’Auguste, fils adoptif de César, et père d’un Empire qui perdura cinq siècles…

Benjamin Chapon

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Vue de l'exposition Moi, Auguste, empereur de Rome au Grand Palais, à Paris, du 19 mars au 11 juillet 2014
Vue de l'exposition Moi, Auguste, empereur de Rome au Grand Palais, à Paris, du 19 mars au 11 juillet 2014 — SIPA

Il a couvert Rome de marbre, urbanisé l’ensemble du bassin méditerranéen, notamment la Gaule, inventé le concept de mécénat artistique, donné une réalité à celui de «pax romana»… Auguste n’est pas seulement le premier Empereur romain, c’est le plus emblématique.

Non seulement ses quarante ans de règne (de -31 à l’an 14 de notre ère) ont été largement documentés, mais Auguste a également été maintes fois représenté au travers de statues ou sur des pièces d’orfèvrerie. Le Louvre et les musées du Capitole de Rome n’ont donc eu aucun mal à rassembler des œuvres pour une exposition à sa gloire.

Lui, Auguste

Déjà présentée à Rome, aux écuries du palais du Quirinal, l’exposition s’appelait là-bas «Auguste», tout court. Dans sa version française, du 19 mars au 13 juillet 2014 au Grand Palais, elle s’intitule «Moi, Auguste, Empereur de Rome».

«Du point de vue de Rome, Paris est une lointaine province à l’époque d’Auguste, raconte Daniel Roger, co-commissaire de l’exposition. Le public romain connaît bien Auguste alors qu’en France, on est obnubilé par César.» Outre un regard plus prégnant sur ce que l’on sait de la vie privée de l’empereur, la version parisienne de l’exposition insiste sur l’ampleur des réalisations d’Auguste dans la ville de Rome et dans les Provinces romaines.

L’Etat, c’est moi

«Ce n’était ni un mégalomane ni un tyran, pondère Daniel Roger devant les multiples statues de marbre représentant l’Auguste personne. Il voulait asseoir un régime politique avec sa personne. Il choisit d’incarner l’Etat et d’établir une dynastie parce qu’il pense que la stabilité institutionnelle apportera la paix.»

Fin communicant politique, à vrai dire inventeur de la communication politique, Auguste savait ménager le Sénat et les pouvoirs régionaux de son vaste Empire. «Les vestiges archéologiques montrent un homme guerrier et sûr de lui, mais en réalité il avait une santé fragile et était un homme pondéré. On le méconnaît si on le voit en personnage totalitaire.»

Lares de la communication politique

Pour asseoir sa popularité, Auguste a notamment eu l’idée d’associer son nom aux cultes des Lares, divinités propres à chaque quartier de Rome. Auguste entrait ainsi, par la voix sacrée, dans le quotidien des romains les plus humbles. Popularité garantie.

Et bien sûr, les quatre décennies sans guerre civile (un record absolu pour l’époque) et avec des frontières stables ont favorisé le commerce, les progrès techniques et les avancées sociales. Popularité garantie, bis repetita.

Comme sous Pompidou

«Il a changé le visage de l’Empire romain du tout et tout et donc du monde entier, s’enthousiasme Annalisa Lo Monaco, co-commissaire. Auguste a établi un modèle de gouvernance qui a été très profitable aux artistes

«En période de paix, les arts voyagent et se développent», analyse Daniel Roger. Comparaison n’est pas raison prévient l’archéologue mais le «siècle d’or» d’Auguste lui fait penser à «la France des années 1960 où la prospérité permet une évolution des mœurs et des goûts. Il y a un avant et un après Auguste.»