«Il faut proposer le livre comme un loisir sexy»

CULTURE A quelques jours du Salon du Livre, une étude Ipsos MediaCT présentée ce lundi montre que si 30% des Français ne lisent pas, le livre bénéficie d’un capital confiance élevé et d’un fort attachement...

Annabelle Laurent

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La rentrée littéraire à la Fnac, le 11 septembre 2013
La rentrée littéraire à la Fnac, le 11 septembre 2013 — PFG/SIPA

«Non mais t’as vu les jeunes dans le train? Tous avec leurs ordis et leurs films! Les Français ne lisent plus». Ah, la rengaine du Français qui ne lit plus. C'est à la fois vrai et faux. La lecture recule depuis trois ans. Jeudi, un sondage Ipsos/Livres Hebdo révélait que de 2011 à 214, le taux de lecture de livres papier a chuté de 5 points, passant de 74% à 69%.

Mais il n'y a aucune raison d'être pessimiste, assure à 20 Minutes Vincent Monadé, Président du Centre National du Livre (CNL). «D’abord, on est dans une crise économique majeure où tous les loisirs souffrent. Ensuite, 80% des jeunes se déclarent lecteurs, on ne cesse d’avoir plus de jeunes qui lisent!», dit-il en citant ainsi l’un des résultats de l’étude Ipsos MediaCT présentée ce lundi par le CNL et le Syndicat national de l’édition (SNE).

30% des Français n’ont lu aucun livre cette année

Si 80% des jeunes entre 15 et 24 ans se déclarent lecteurs, ils lisent moins exclusivement pour le loisir et plus dans le cadre études/travail, indique l’étude. Sur l’ensemble de la population, sept Français sur dix - majoritairement des femmes-- déclarent avoir lu au moins un livre au cours des 12 derniers mois (les livres pratiques, comme les guides de voyage, sont inclus). «Il faut faire très attention aux 30% qui ne lisent pas. Et s’interroger sur la façon de les faire revenir vers le livre». Ces 30% sont en majorité des hommes (58%), plus âgés (79% ont 35 ans et plus), moins urbains et moins connectés.

S’ils ne lisent pas, c’est à 38% «parce qu’ils n’ont pas le temps», et, plus frappant, à 57% «parce qu’ils n’aiment pas tellement cela». «C’est intéressant car les sondés ont acquis une vraie franchise dans leur réponse. "Je n'aime pas lire": on n’aurait jamais dit ça avant», note Vincent Monadé. Il y voit le signe qu’il «faut proposer aux gens le livre comme un loisir sexy.»

Heureux sans livres? 

Car le livre souffre de la concurrence. Parmi les lecteurs, 53% aimeraient pouvoir lire davantage, mais ne le font pas par manque de temps (73%), en raison de la concurrence d'autres loisirs (34%) ou parce qu'ils lisent autre chose (presse, blogs, multimédia). Le «manque de temps» pouvant être interprété comme un arbitrage de son temps libre, même si «entre 15 et 24 ans, la part sociale est très importante, puis avec des enfants en bas âge, les moments pour lire sont difficiles à trouver… d’où la présence des grands lecteurs parmi les femmes de plus de 45 ans», souligne Vincent Monadé.

Si 18% des Français déclarent «pouvoir être heureux sans livre», l’attachement reste fort - pour 49% des Français, il est «essentiel» de posséder des livres, 65% estiment qu'un livre «peut marquer profondément» et 19% qu'il «peut changer une vie» - et la confiance encore davantage:  40% accordent confiance au livre contre 16% à la presse quotidienne et à la télévision, 7% à internet et 3% à la presse magazine.

Au sujet des motivations de la lecture, l’étude révèle une forte distinction hommes/femmes. A la question «pour quelles raisons lisez-vous des livres?», 71% des réponses des hommes sont liées au savoir («Approfondir mes connaissances» ou «Découvrir d’autres univers»), alors que 72% des réponses féminines sont liées à la «détente» («Ça m’occupe» ou «Ça me détend»). «Ce sont des réponses genrées, commente Vincent Monadé, qui tiennent à la perception que l'on a de sa propre lecture. Les hommes intègrent leurs rôles... Hommes et femmes lisent pourtant à peu près la même chose».