Frànçois and the Atlas Mountains, un groupe fortissimo

MUSIQUE Le groupe saintongeais sort «Piano Ombre», un quatrième album qui pourrait le faire accéder à la notoriété qu'il mérite...

Benjamin Chapon

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Le groupe Frànçois and the Atlas Moutains
Le groupe Frànçois and the Atlas Moutains — Mathieu Demy

Il y a ceux qui le suivent depuis plusieurs années, qui dès «Plaine inondable» avait perçu sa sensibilité magique. D’autres l’on découvert avec «E volo Love», album d’une beauté radieuse. Enfin, il y a tous les autres qui chavireront avec «Piano Ombre». Frànçois Mary et son groupe The Atlas Moutains sortent un quatrième album et vont partir dans une longue tournée.

Ce nouvel album est à la fois plus ample et plus sombre que les précédents. C’était une volonté de départ?

Il n’y avait pas une conception intellectuelle très forte parce que, bon, c’est de la musique. J’aime la magie un peu bordélique des choses qui se passent sans que tu y aies pensé. Etrangement, c’est assez compliqué de préserver cette magie. Ça ne demande pas de travail mais de la vigilance.

Comment s’est passé la composition par rapport aux précédents albums?

On a fait ces morceaux pour les concerts de la précédente tournée. Du coup, c’est le groupe qui a façonné cet album, je les ai laissés en pilotage automatique.

Et qui tient le cap?

Cet album ressemble à un cheminement en forêt, et c’est difficile de tenir un cap en forêt… Mais oui, on peut dire que c’est moi qui tient le cap. Mais parce que j’ai un très bon groupe, je peux me permettre de me mettre en retrait parfois.

Chaque membre du groupe a un ou plusieurs autres projets musicaux. Cela ne parasite pas votre travail en commun?

Au contraire. Ils poussent certaines voix esthétiques dans leurs projets personnels, et quand on se retrouve, c’est l’osmose de la réunion de famille.

A quel moment est venu le titre très évocateur de l’album?

Je ne veux pas conceptualiser les choses a priori parce que ça créé des frustrations de ne pas arriver à te mettre dans l’état d’esprit nécessaire. Le titre est venu a posteriori, comme le thème, l’esprit de l’album. L’instrument piano est moins présent que ce que je pensais. Mais l’idée de «Piano Ombre» comme l’interjection «du calme les ombres», me plaît beaucoup.

Avant d’enregistrer l’album, vous avez effectué une mini-tournée en Afrique. Mais il y a très peu de rythmes africains dans l’album, beaucoup moins que dans les précédents albums en tout cas...

Cette expérience était formidable pour tout le groupe. Mais pourquoi essayer de reproduire ça dans un studio à Bordeaux quand tu as eu l’opportunité de le faire sur des scènes en Afrique? Ça n’aurait pas eu de sens.

Dans la construction des morceaux, la mise en place des harmonies, des mélodies et l’agencement des paroles, on ressent un compositeur patient. Ce terme vous convient?

Moi je suis très patient, j’aime que les choses se fassent d’elles mêmes. Tu te cognes si tu forces les choses.

Votre succès grandit également petit à petit. Vous vous sentez meilleur musicien aujourd’hui qu’il y a dix ans?

Je suis dans une période où le cahier des charges que j’ai c’est d’avoir un son plus clair, un propos plus clair, un groupe qui a plus de muscles dans les rythmes. Tout ça va de pair avec le fait de jouer sur des grosses scènes. C’est ce qui ce passe en ce moment. Ce n’est pas un but à atteindre, ni mieux ni moins bien que ce qu’on faisait avant. C’est juste ce qu’il se passe pour nous. Mais ça ne change rien à la qualité de ce que j’ai à dire.

Cet état de fait vous convient?

Bien sûr. Il y a beaucoup de doutes et de peurs dans les paroles de nos chansons. Mais la vie de groupe, elle, est apaisée.

Votre carrière vous convient?

Une carrière? J’ai donné mes premiers concerts il y a dix ans mais j’en vis depuis trois ans seulement. C’est quoi qui compte alors?

Mais depuis dix ans vous ne faites que de la musique...

Pas que. Je fais la cuisine, je fais l’amour, je voyage. Je ne considère pas ça comme un métier mais comme une vie. Après, c’est sûr que je dois aussi gagner de quoi manger.

Et la vie en tournée, ça vous convient aussi?

Non, ça ne nous convient pas. Ce n’est pas très humain. On passe notre vie dans un van. Il y a une vie de groupe, qui est très belle, c’est une vraie nourriture d’être avec ces mecs là. Mais d’un point de vue humain, il se passait beaucoup plus de choses quand je tournais à l’arrache dans les cafés et que je dormais chez les gens. Les deux années qui viennent me font un peu peur à cause de ça. Mais on va peut-être pouvoir réduire la fatigue parce qu’on a plus de moyens. Je ne serai peut-être pas obligé de conduire le van de nuit cette fois.