Le Louvre Abu Dhabi sort du sable

MUSEE Le Louvre avait convié la presse pour une conférence de présentation du futur musée…

Benjamin Chapon
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Maquette du Louvre Abou Dhabi présenté en mai 2013 lors d'une exposition de préfiguration du futur musée, à Abu Dhabi
Maquette du Louvre Abou Dhabi présenté en mai 2013 lors d'une exposition de préfiguration du futur musée, à Abu Dhabi — Kamran Jebreili/AP/SIPA

On en sait plus sur le colossal Louvre Abu Dhabi. Mardi, une conférence de presse a été donnée pour livrer plusieurs détails sur le musée acheté à la France par les Emirats arabes unis.

C’est pour quand?

On savait que le Louvre Abu Dhabi, après 2013 et 2014, devait ouvrir «fin 2015». Jean-Luc Martinez a affirmé que «même si rien n’est officiel, l’inauguration se fera vraisemblablement le 2 décembre 2015, jour de la fête nationale des Emirats arabes unis». «La date du 2 décembre n’a aucune connotation napoléonienne là-bas», a plaisanté le président directeur du Louvre, en allusion au Sacre de Napoléon Ier, à la victoire d’Austerlitz ou encore au coup d’Etat de 1851.

Où en est le chantier?

«C’est véritablement impressionnant, a affirmé Jean-Luc Martinez, qui était à Abu Dhabi la semaine passée. Il s’agit du plus grand projet culturel français en cours.» 7.000 ouvriers travaillent actuellement à donner vie au projet architectural de Jean Nouvel, sur l’île de Saadiyat, en périphérie d’Abu Dhabi, où les dirigeants veulent créer un immense nouveau quartier d’habitation. Pour l’instant, seule la structure du Louvre Abu Dhabi est visible. Les musées voisins, comme le musée national conçu par Norman Foster ou le Guggenheim Abu Dhabi de Franck Gerhy, doivent ouvrir en 2016 et 2017.

De quel genre de musée s’agira-t-il?

Les mensurations (8.000m2 de lieux d’expositions) comme la philosophie (un «musée universel») du projet sont colossales. Vincent Pomarède, qui a participé aux acquisitions d’œuvres pour le Louvre Abu Dhabi, précise que la collection «va étonner par les origines géographiques multiples des œuvres». Le parcours ira de l’Antiquité à nos jours. «Du point de vue d’Abu Dhabi, l’Europe est une périphérie, la collection s’attachera beaucoup à montrer les échanges culturels entre l’Asie et l’Afrique.»

Qu’est-ce que la France a à y gagner?

De l’argent, beaucoup d’argent. Le «contrat» entre la France et l’émirat permet à la France d’engranger un milliard d’euros, dont 400 millions pour la seule cession, pour 30 ans et six mois, du nom «Louvre». L’essentiel du solde positif de ce contrat devrait être affecté au fonctionnement, et notamment à la politique d’acquisition d’œuvres, des grands musées français.

Quelles œuvres y verra-t-on?

C’est encore flou. Une exposition, au Louvre Paris, présentera, du 2 mai au 28 juillet 2014, 400 œuvres de la collection nationale achetée depuis quelques années par Abu Dhabi par l’entremise des spécialistes français. Lors de son ouverture, le Louvre Abu Dhabi présentera 900 œuvres, dont 300 prêtées par les musées français, pour dix ans. La liste de ces prêts, qui inquiète certains spécialistes, est encore secrète. «On n’a rien à cacher, explique Jean-Luc Martinez. Il s’agit d’une stratégie de communication des Emirats qui préfèrent que l’on parle de leur collection nationale plutôt que des prêts, qui sont minoritaires et ne sont pas le cœur du projet à long terme.»

Où en sont les rapports entre français et émiratis?

«Nous avons dépassé le stade des polémiques», assure Jean-Luc Marinez. Abu Dhabi a récemment demandé un audit pour évaluer l’avancement du projet. Très impliqués, les autorités des Emirats ont demandé «un transfert de compétence à la France, pas seulement de leur construire un musée, explique le président du Louvre. Ils construisent une nation, ce n’est pas évident. Nous n’avons pas, en face de nous, de professionnels de musées avec lesquels discuter. Il y a donc parfois eu des incompréhensions.»