Des figures tiraillées par la France

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Le film Indigènes, de Rachid Bouchareb, a récemment médiatisé leur sort, le photographe Philippe Guionie révèle leurs voix et leurs visages. Ils s'appellent Boubacar, Ali ou Gaston. Nés au Sénégal, au Bénin ou au Maroc, ils ont combattu sous le drapeau français, pendant la Seconde Guerre mondiale, puis en Indochine ou en Algérie. Trop souvent réduits à des figures exotiques de la francophonie, ces tirailleurs restent absents des manuels d'histoire.

Le jeune photographe toulousain est donc parti à leur recherche, muni d'un Rolleiflex et d'un enregistreur audio. Point de départ de cette quête : la lecture d'un article du Monde, fin 1998, qui annonce la mort du dernier poilu africain. « J'ai alors ressenti le besoin de donner à voir et à entendre ces hommes qui sont encore nos contemporains », explique le photographe, historien de formation. « Une course contre le temps » s'engage entre la France et l'Afrique. Parfois il est déjà trop tard : ne restent que la veuve ou les enfants pour témoigner.

Face à ses portraits en noir et blanc, on est frappé par la dignité de ses vieillards, qui arborent tranquillement leurs innombrables médailles. Au micro de Philippe Guionie, l'un deux raconte sa fascination pour les anciens d'Indochine avec leurs beaux habits et leur mobylette. Une admiration qui le conduit à s'engager à son tour. « L'armée française constituait alors l'une des rares formes d'ascension sociale », commente le photographe. Un espoir brisé net en 1959, quand de Gaulle gèle brutalement leurs pensions. « Au-delà de la question des retraites, qui doit être réglée, ils attendent surtout un peu d'écoute et d'attention », conclut Philippe Guionie.

Marc Héneau

L'oeuvre de Philippe Guionie, publiée aux éditions Les Imaginayres, fait l'objet de deux expos, l'une à Lyon jusqu'au 25 mars au Centre d'histoire de la Résistance et de la déportation. L'autre à Paris jusqu'au 23 février à l'Espace Confluence. Une rencontre avec l'auteur y est prévue le 16 janvier à 19 h.