Metronomy envoie «Love Letters», un quatrième album pop délicat et gracieux

MUSIQUE «20 Minutes» a rencontré Joseph Mount, leader du groupe pop britannique, à l’occasion de la sortie de l’envoûtant «Love Letters», leur quatrième album…

Joel Metreau

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Le groupe Metronomy.
Le groupe Metronomy. — Grégoire Alexandre

Le titre de leur dernier et quatrième album, issu de la sensibilité de Joseph Mount, le leader et compositeur du groupe pop britannique Metronomy a son charme désuet. Love Letters? Qui timbre et poste encore des déclarations d’amour quand il suffit de liker? «Mais c’est romantique, rétorque le musicien trentenaire. On peut aussi y voir une analogie avec la manière dont on a créé l’album, en analogique plutôt que sur ordinateurs. Cela demande plus d’efforts, comme écrire une lettre d’amour. Mais la personne qui la reçoit est d’autant plus sensible au soin qui a été apporté.»

«Un rapport avec le cosmos»

Le studio Toe Rag, qui a servi d’écrin à l’enregistrement, ressemble «à un musée où travailler, au milieu de la chaleur des tubes et des transistors», confie Joseph Mount. Un esprit années soixante, qui se reflète jusque dans le design de la couverture de Love Letters, avec nuages en barbe à papa et typo psychédélique. La chanson «I’m Aquarius» toque à la porte de la comédie musicale «Hair», quand bien même Joseph Mount a écouté en boucle l’«Aquarius» interprété par Diana Ross. «L’ère du Verseau, c’était l’idée d’un nouveau départ et que le monde va changer.» Plus prosaïquement Joseph Mount, du signe de la vierge, se rappelle des premières relations amoureuses et des magazines pour ados dont les filles lisaient les horoscopes. «L’astrologie, c’est fou. Même dans les grands journaux nationaux, on trouve ces petites sections qui ont un rapport avec le cosmos. Ça a un côté très hippy.» Pourtant l’album, très downtempo, couvre une variété d’époques.

François de Roubaix, Michel Polnareff…

Dans «Upsetter», où il est question de l’année 1992, il est mentionné le tube «Sleeping Satellite» de Tasmin Archer. «A partir de cette époque, mes souvenirs sont devenus plus clairs, la musique entrait en périphérie dans mon champ de vision.» L’instrumental «Boy Racers», lui, évoque le son krautrock et la musique électro planante des années 1980. «Ma petite amie française m’a fait connaître des musiciens français comme François de Roubaix, Michel Polnareff… Bien sûr Jean-Michel Jarre.» Grâce à elle aussi, et pour le public français, les paroles sont disponibles dans un livret avec le CD. «Ma petite amie me disait qu’elle écoutait Blur et qu’elle traduisait les paroles en français. C’était une manière pour elle d’apprendre l’anglais.»

L’éloignement

L’album évoque l’éloignement des cœurs, à l’image de la chanson «Monstruous». «Lorsqu’on est en tournée, à 3h du matin, qu’on est à l’autre bout de la ville, avec personne qu’on connaît et qu’on aimerait dormir dans son propre lit. C’est le même sentiment que lorsqu’on est ado, à sa première party. On a trop bu, on doit découcher, et on se sent perdu car on sait qu’il n’y a pas moyen de rentrer.» Un sentiment partagé par les musiciens en tournée comme pour «les hommes d’affaires»… «Lorsqu’on est loin de sa famille et des gens qu’on aime. Ces chansons ont été écrites comme pour maintenir avec eux des liens.» Le titre de l’album est trompeur, tant les morceaux suscitent la rêverie. Il s’agit moins de lettres enflammées que de cartes postales d’états d’âme. Et vu la grâce du style, ce serait injuste de ne pas y répondre.