Dix ans après, le swing de Nougaro manque toujours à la chanson française

JAZZ Des musiciens expliquent à «20 Minutes» pourquoi, dix ans après sa disparition, Claude Nougaro n’a pas de successeur en tant que chanteur de jazz…

Benjamin Chapon

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Claude Nougaro au Palais des Sports à Paris le 15 janvier 1999.
Claude Nougaro au Palais des Sports à Paris le 15 janvier 1999. — ATTIAS/SIPA

Il y a dix ans, le 4 mars 2004, disparaissait Claude Nougaro. Pour cet anniversaire, Universal publie Quand le jazz est là, compilation de 23 standards du jazz interprétés par le chanteur français. Ces titres, enregistrés en 2004 sur des musiques de Eddy Louis, Michel Legrand ou Baden Powell démontrent combien Nougaro savait faire sonner la langue française sur des rythmes jazz. Depuis, aucun autre chanteur français n’y est parvenu.

Pour le batteur André Ceccarelli, il s’agit «d’un problème de culture musicale. Claude aimait toutes les musiques rythmées, africaines, brésiliennes… La plupart des chanteurs français n’ont pas cette culture. Ils chantent bêtement leurs paroles et sont fâchés avec le rythme. La France n’est pas un grand pays de chanteur.»

Le swing par les mots


Autre compagnon de route de Claude Nougaro, l’accordéoniste Richard Galliano refuse également de mettre sur le dos de la langue française le manque de bons chanteurs de jazz francophones. «Tous les standards de jazz sont des chansons. En jazz, le chant est la base de tout. Les chanteurs français pensent que le swing doit passer par les instruments mais c’est faux, il doit passer par le chant.»

Et cela, Claude Nougaro l’avait compris mieux que personne. «Son secret était d’avoir une écriture très juste qui jouait sur les rythmes des mots», explique André Ceccarelli. «C’était un poète, renchérit Richard Galliano. Ses textes étaient des poèmes qui utilisaient toutes les dimensions des mots: leur sens, leur mélodie et leur rythme.»

Le jazz et Nougaro, c’est du pareil au même


Les deux musiciens s’accordent également pour constater que Claude Nougaro, comme tous les grands musiciens, ne voulait pas se cantonner au jazz. «Il aimait passionnément la chanson, le jazz et toutes les autres traditions musicales et ne comprenait pas pourquoi il aurait fallu ne pas les marier, raconte Richard Galliano. Sa chanson «Le jazz et la java», c’est un manifeste.»

http://www.youtube.com/watch?v=Arefy7Ma_nE&feature=kp

«Il dialoguait avec les musiques et avec les musiciens, renchérit André Ceccarelli. Ses mots étaient des notes et, pour les chanter, il s’inspirait de phrases musicales venues du jazz ou d’ailleurs. J’adore entendre des gens dire qu’il n’aime pas le jazz mais qu’ils adorent Nougaro. S’ils savaient…»