Rodrigo Amarante, la saudade ensoleillée

MUSIQUE Le chanteur brésilien du groupe Los Hermanos s’est installé à Los Angeles et sort son premier album solo «Cavalo»…

Benjamin Chapon

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Le chanteur brésilien Rodrigo Amarante
Le chanteur brésilien Rodrigo Amarante — Eliot Lee Hazel

Il y avait la musique du soleil. Epouvantable cliché sous lequel on pouvait ranger à peu près toutes les musiques non occidentales. Rodrigo Amarante, lui, joue une musique des soleils. Celui, blafard et mélancolique derrière la brume. Celui, plein et étourdissant d’un zénith californien. Celui, mystique qui joue avec les feuilles des arbres. Ces soleils qui réchauffent de Rio de Janeiro à Los Angeles.

Rodrigo Amarante est une star au Brésil. Vraiment. Avec son groupe Los Hermanos, il a conquis les mélomanes par centaines de milliers. De 1999 à 2005, il s’y amusait à marier le rock indé des années 1980 avec la bossa-nova.

La routine du voyage


Puis Rodrigo Amarante a quitté le Brésil pour Los Angeles. Ses allures cool et son talent pour le groove chaloupé lui ont permis de rencontrer la fine fleur des musiciens californiens. «Quelque part, il y a toujours, à Los Angeles, le sentiment d’être à un bout du monde. Et là-bas, les artistes se sentent le devoir de ne s’imposer aucune frontière.»

Rodrigo Amarante y a donc trouvé tout ce qu’il cherchait et même plus. «Enfant, j’ai souvent été obligé de déménager pour suivre mon père. Donc, je n’ai pas considéré mon départ pour Los Angeles comme une mise en danger mais plutôt comme un acte nostalgique, quelque chose qui me rappelle mon enfance.»

La France, l’autre pays de la samba


Après plusieurs années de composition, et la participation au groupe Little Joy, aux cotés de Norah Binki Shapiro et Fabrizio Moretti, des Strokes, Rodrigo Amarante sort son premier album solo… en France. C’est en effet la délégation française du label Beggars qui a décidé de sortir «Cavalo», avant même que le barbu ne trouve un label aux Etats-Unis.

«Les Français sont de véritables gitans. Ils ont la culture du métissage, estime le chanteur qui n’ignore pas non plus le tropisme brésilophile des Français. Il y a une grande culture de la bossa nova et de la samba ici. Je m’y sens bien. Je pense que je pourrais vivre à Paris.»

La saudade et le folk


En attendant de le compter comme voisin, les oreilles françaises ne seront pas surprises du métissage que Rodrigo Amarante réalise entre la nouvelle Bossa de Caetono Veloso et le folk californien.

«Je chante la saudade et je sens que ce sentiment est bien compris ici. C’est de la nostalgie, du désespoir parfois, mais pas triste. L’important n’est pas de se complaire de son malheur mais d’en faire quelque chose de beau. Les oiseaux déprimés aussi chantent.»