Claire Castillon : «Dire ce que les gens n'ont pas envie de voir»

©2006 20 minutes

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Claire Castillon

Ecrivain.

Votre nouveau livre, On n'empêche pas un petit coeur d'aimer (Fayard), décline le rapport hommes-femmes en vingt-trois nouvelles. Comment être original en adoptant un tel sujet ?

Je ne suis pas sûre d'avoir décidé d'écrire un livre précisément sur ce sujet. Dans le précédent recueil, Insecte [publié en janvier 2006], je n'avais pas prémédité de faire une étude sur les mères et les filles. Et c'est pourtant ce qui en est ressorti. J'aime aborder les choses réelles et les traiter différemment, ce qui est au fond le propre de l'écrivain. Peut-être peut-on dire que les hommes, qui étaient absents dans mon dernier livre, sont de retour, et mieux incarnés. Mais je n'épargne pas plus les femmes que les hommes.

Vous maniez en virtuose le sordide, l'émotion et l'humour vache, entre profondeur et légèreté. Et tout est toujours sur le point de basculer. A vous voir, on ne vous croirait jamais si redoutable...

On est ce qu'on écrit. Mais je ne crois pas à la torture nécessaire de l'artiste. Je suis sereine, parce que je ne mens pas sur ce que je suis quand j'écris. Je passe de l'écriture à la vie réelle sans me dire que ce sont deux mondes différents. Je ne me préserve pas dans mes textes, mais je me préserve beaucoup dans la vie. Il y a peut-être une question d'éducation qui fait qu'on se tient bien devant les gens...

Avec des thèmes comme la violence, l'inceste, le deuil, la solitude, vous ne ménagez pas votre lecteur ! Pourtant, on ne peut pas lâcher ces nouvelles. Comment l'expliquez-vous ?

Je ne raconte pas seulement des histoires sordides. Il y a toujours de la tendresse dans mes textes : une main cogne pendant que l'autre caresse. Je n'écris pas pour choquer, j'écris comme je ressens. J'entretiens ce rapport avec le lecteur depuis mon premier roman, Le Grenier (2000). Mes livres disent ce que les gens n'ont pas envie de voir chez eux. Mais ce ne sont pas des reproches ou des jugements jetés, ce sont les histoires d'un peu tout le monde, que je regarde moi aussi de l'intérieur avec un soupçon de voyeurisme.

C'est votre deuxième recueil de nouvelles. Qu'est-ce qui vous plaît dans cette forme littéraire ?

Le rythme. La nouvelle est un noeud qui doit se nouer très vite. Une nouvelle est avant tout visuelle : on attrape un personnage à un moment de son existence, on en manipule un ou deux aspects, et ensuite on le relâche. Le roman est plus intense à écrire. Je me suis souvent laissé emporter par mes romans. Dans mes nouvelles, je suis le chef d'orchestre.

Préparez-vous encore un recueil de nouvelles pour janvier 2008 ?

Mon prochain livre sera un roman qui mêlera des choses intimistes et profondes, qui ne m'épargnent pas, à un recul plus assumé dans la narration, que j'ai appris à maîtriser en écrivant ces nouvelles.

Recueilli par Karine Papillaud