Daniel Garcia : «L’Académie Française est une zone de non droit»

Alice Coffin

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L'Académie française
L'Académie française — Sipa

De l’Académie française, on connait la façade et la coupoles, quai de Conti à Paris, l’habit vert des Académiciens, et pas beaucoup plus. Le journaliste Daniel Garcia dévoile dans son ouvrage Coupole et dépendances, enquête sur l’Académie Française  la richesse de l’Académie, les intrigues qui président à une élection – il consacre un long chapitre à celle de François Weyergans et au rôle joué par Jean-Luc Delarue dans cette affaire.

Des enquêtes sur l’Académie Française, il n’y en a pas déjà plein?

Il y a beaucoup de livres mais qui racontent toujours la même histoire. De vraies enquêtes non. Car l’Académie a toujours découragé les journalistes de s’intéresser à elle, ils se sont heurtés à un mur. France 2 avait d’ailleurs fait un reportage consternant dans son 20h. Ils avaient posé des questions sur le patrimoine, n’avaient obtenu aucune information , mais avaient diffusé quand même…

Et vous le mur vous l’avez franchi comment?

La chance m’ a souri car la maison est profondément divisée. Il y a beaucoup de gens en souffrance parmi les académiciens. Notamment autour de la personne du chancelier de l’Institut de France auquel appartient l’Académie française, Gabriel de Broglie. Du coup certains ont parlé. Même s’ils se seraient accommodés du silence un peu plus longtemps. Ils craignent le gros scandale à venir.

Quel gros scandale?

Je suis allé de surprise en surprise dans cette enquête. En particulier concernant le patrimoine de l’Institut de France qui regroupe les 5 Académies. C’est un patrimoine très étendu, géré de manière byzantine et amateure. Il est confié à des gens placés là par réseautage et qui n’ont pas la qualification de l’emploi ce qui aboutit à un gros gâchis.

L’Académie a porté plainte contre votre enquête. Cela vous fait peur?

Oui je ne m’y attendais pas car ils prennent le risque de devoir tout déballer sur la place publique. Ils prétendent que je diffame gravement l’institution, et bien il va falloir qu’ils acceptent de parler de leur patrimoine. Ils sont très puissants.
Mais pourquoi est-ce qu’il n’y a pas d’instances de régulation ?

Parce que le 23 quai de Conti est une zone de non droit. On parle toujours des zones de non droit en France, et bien il y en a une au bord de la Seine, en face du Louvre.

Vous décrivez  une Académie «calcifiée dans ses préférences culturelles, marquée politiquement à droite, volontiers misogyne et plus que réticente face à l’affirmation de l’homosexualité ». Joli portrait…

Cela évolue quand même. Pour l’élection de la première femme, Marguerite Yourcenar, il y a un peu plus de trente ans, il y a eu des débats très violents.  Maintenant il y a six femmes parmi les 40 Académiciens. Mais c’est vrai que les mentalités sont très conservatrices. C’est un conservatoire l’Académie, cela conserve, ce n’est pas à la pointe de la société.

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