Les regards décisifs d’Henri Cartier-Bresson

EXPO Le Centre Pompidou consacre une énorme rétrospective au photographe décédé en 2004…

Benjamin Chapon

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Photographie d'Henri Cartier-Bresson réalisée en mai 1968 à Paris
Photographie d'Henri Cartier-Bresson réalisée en mai 1968 à Paris — Henri Cartier-Bresson

La guerre d’Espagne, la guerre froide, la guerre tout court, puis les années 1960, de Paris à Pékin, de Moscou à  New Dehli. Cette exposition, c’est celle d’un historien au musée. Pour la première fois en Europe depuis son décès en 2004, Henri Cartier-Bresson a les honneurs d’une rétrospective de son œuvre qui couvre l’essentiel du 20e siècle.

Le Centre Pompidou a réuni, grâce au concours de la Fondation Cartier-Bresson, plus de 500 photographies (essentiellement des tirages d’époque), peintures et films dans l’exposition événement de l’hiver parisien.

Une œuvre mobile


«Nous voulons démontrer qu'il existe plusieurs Henri Cartier-Bresson, explique à 20 Minutes Clément Chéroux, commissaire de l'exposition. Pas seulement en fonction des époques mais aussi dans la manière d’appréhender son art.»

Au contraire de Cartier-Bresson lui-même qui voulait donner à son œuvre une unité en créant dans les années 1970 une «master collection» de 400 clichés seulement, l’exposition veut montrer un artiste «au tempérament mobile, qui évolue au gré des situations et au fil du temps.» Pour embrasser cette complexité du regard d’Henri Cartier-Bresson, l’exposition est sagement chronologique.

La passion des «isme»


On comprend ainsi comment le jeune Henri, mauvais élève, apprend la peinture et le dessin – ainsi que la composition d’images - puis rencontre les surréalistes.  

«Il a trouvé sa voie artistique dans le surréalisme, et son chemin d’être humain dans le communisme. Même après 1947, quand il devient photojournaliste professionnel, son engagement politique et l’héritage surréaliste ont un impact sur ses images.»

L’instant décisif


Dans la France de l’entre-deux guerre, armé de son premier Leica, petit appareil photo discret et robuste, Henri Cartier-Bresson fait ses premières chasses. A l’affût dans les rues de Paris, il guette «l’instant décisif, raconta, plus tard, le photographe. J'allais fouiner, il n'y a pas d'autre mot, j'allais flairer avec l'appareil.»

«Henri Cartier-Bresson cherchait des décors, des compositions, s’y postait et attendait que ne surgisse quelque chose à saisir avec son appareil», raconte Clément Chéroux. Il fait la synthèse de l’enseignement classique qu’il a reçu et de la philosophie de l’instinct des surréalistes.

La mort des masses


Les thèmes choisis par Henri Cartier-Bresson avant et après la création de l’agence Magnum en 1947 sont tous tournés vers l’humain. Qu’il photographie les premiers congés payés, la libération de Paris en 1944 ou Mai 68, qu’il soit en Chine ou en Russie, il saisit l’Histoire du point de vue des masses.

Entrée au musée de manière aussi superbe, l’œuvre de Cartier-Bresson est une collection «d’instants morts, explique la philosophe Stacey French, qui a travaillé sur la vie et l’œuvre du photographe français. La photo est toujours la capture d’un moment déjà passé, déjà mort.»

Il n’y aura, pour toujours, qu’un seul HCB


La chercheuse estime ainsi qu’Henri Cartier-Bresson est l’archétype du photographe qui ne peut plus exister. «La technologie a évolué, irrémédiablement. Le monde a changé aussi, bien sûr. Il n’y aura plus de Gandhi ni de révolution chinoise à photographier.»

«Et puis surtout, le photojournalisme a changé. Plus personne ne photographie comme Cartier-Bresson parce qu'aujourd'hui, le temps manque.»