Fauve, qu’est-ce que c’est que ce cirque?

Benjamin Chapon

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Le groupe Fauve dont les membres veulent rester anonymes
Le groupe Fauve dont les membres veulent rester anonymes — Fauve

Depuis un an, ils suscitent fantasmes, passions, haines… Eux, sans que l’on sache précisément de qui il s’agit, c’est Fauve. Un groupe, un collectif? «Aucun de ces termes ne reflète vraiment le truc», explique l’un des membres, volontairement indistinct, dudit «truc».

Fauve est un projet musical hybride. Sur des musiques assez variées, mais plutôt en retrait, le chanteur, qui précisément, ne chante pas, dit des textes poignants, personnels, profonds et naïfs à la fois. Ce sont ces textes qui ont séduit une audience très large.
 

Anonymat garanti

Avant que ne sorte leur premier album, «Vieux frères», dont un second tome viendra bientôt, les Fauve ont gardé le mystère sur leurs identités. Sur scène, ils se tapissent dans l'ombre, ne communiquent ni leurs noms ni leurs visages.

«C’était une façon de mettre vraiment en avant les morceaux et la démarche. On avait aussi un peu peur de mettre nos proches en difficulté parce que nos textes sont très personnels. Et puis, on n’est pas taillés pour le succès, les fans, tout ça. On voulait rester des anonymes dans la rue.»
 
Le succès, non seulement ils ne l’ont pas vu venir mais ils l’ont un peu fui. «Dès notre troisième concert, il y avait des labels dans la salle. C’était super tôt. On n‘était pas mûrs. On n’était pas prêts du tout.» 
 

La lettre avant l’esprit

Les membres du groupe ont pris leur temps. «On a énormément bossé. L’an dernier à la même époque, on dormait très peu. On avait encore nos tafs, c’était douloureux et excitant à la fois.»

Leur façon de composer les morceaux n’a pas aidé à la productivité. «Au départ, on s’est retrouvés pour se donner de l’air, sortir de nos quotidiens qui ne nous satisfaisaient pas. Au début, l’écriture, c’était juste un truc assez frénétique, viscéral, t’expulses, t’expulses, t’expulses, tu vides ton sac. C’est devenu une sorte de thérapie de groupe. Passer de ce truc là, complètement difforme, qui ne ressemble à rien, à un morceau écoutable, ça a pris beaucoup de temps. La chanson Nuits Fauves a débloqué le truc. Mais on a mis cinq mois à la faire.»
 

La force du groupe qui n’en est pas un

Les autres morceaux ont suivi peu à peu. «Il y a un travail collectif sur tout. Tout le monde alimente en idées, fait un peu tout et a son mot à dire sur tout. Au début, c’était lent, c’était l’enfer. Aujourd’hui, c’est plus facile. C’est l’apprentissage de la démocratie. On savait que la démarche allait cristalliser tout le truc.»
 
Le «truc» a bien pris sur les réseaux sociaux où Fauve est devenu une star. Et les concerts dans toute la France sont vite complets. Pour la sortie de l’album, le groupe donne dix concerts au Bataclan, à Paris. Complets.
 

La haine du Fauve

Plus riches, plus variés, les textes de leur premier album devraient laver certains malentendus qui ont valu à Fauve de se faire régulièrement moquer sur Internet. La naïveté de leur approche et de leurs textes, leur absence totale de cynisme qui colle mal à l’époque, leur volonté d’anonymat… Tout cela a suscité de nombreuses plaisanteries, parfois drôles.

«On a été la cible des haters, c’est le jeu. Mais les types qui nous traitent de connards sans nous connaître ça fait quand même bizarre. C’est quoi leur problème? On peut comprendre que des gens n’aiment pas ce qu’on fait ou qu’ils comprennent mal notre démarche. D’ailleurs, nous-mêmes, on ne comprend pas toujours.»
 

Pas de vieux Fauve

Sans manager ni label, Fauve avance à son rythme, selon ses propres règles. Jeunes hommes simples et d’apparence tranquille dans «la vraie vie», ils se transforment, sur scène, en performers habités. Maîtres de leur destin musical faute d’avoir trouvé leur place ailleurs, ils ne se donnent aucune limite.
 
«On ne va pas faire ça toute notre vie, c’est sûr. On a fait Fauve parce que nos vies nous semblaient fades et systématiques. On trouvait le monde du travail trop dur, trop compétitif. On n’est pas armés pour ça. Quand Fauve deviendra un truc banal pour nous, on arrêtera.»