Sylvie Guillem: «Ça réveille le désir, l’envie d’amour»

— 

Du 28 décembre au 7 janvier, vous danserez deux solos et un duo avec le chorégraphe Russell Maliphant. Comment décririez-vous cette pièce?

«Push», c’est la relation entre un homme et une femme, à l’écoute l’un de l’autre. Mais c’est aussi plus que cela. A New York, une petite dame est venue nous dire : «Ecoutez, j’ai 80 ans et en vous voyant vous deux, j’ai eu un orgasme!» C’est une pièce qui réveille les sens, le désir, l’envie d’amour.

 Russell Maliphant n’est pas très connu en France. Qui est-il et comment l’avez-vous rencontré?

C’est un ancien chorégraphe du Royal Ballet de Londres entré depuis dans une compagnie contemporaine, DV8. C’est un passionné d’arts martiaux, de capoeïra, de taï chi, qui possède une sorte de puissance tranquille : il est à la fois très sérieux et doté d’énormément d’humour. Pour moi, c’est un poète sans le côté gnangnan.

Comment avez-vous commencé à travailler avec lui ?

En 2003, j’ai fait une pièce de lui (Broken Fall) sans lui. Et j’ai bien senti que cela devait être intéressant de danser avec lui. Ensuite, je lui ai demandé de concevoir un solo pour moi, («Two»), puis quelque chose où je puisse danser avec lui («Push»).

Pourquoi n’avez-vous pas demandé plutôt à Forsythe ou à Béjart avec lesquels vous avez déjà travaillé ?

Je les adore, mais en découvrant les pièces de Russell, tellement agréables à regarder, j’ai eu physiquement envie d’essayer sa façon de bouger.

Qu’est-ce qui change quand une danseuse atteint l’âge de 40 ans?

On se teint les cheveux plus souvent et quand on parle de moi dans les journaux, on indique toujours mon âge à côté de mon nom. Comme si j’étais devenue «Sylvie Guillem 4». A part cela, rien. Il faut quand même trouver l’énergie nécessaire pour travailler chaque jour...
Oui, et je le fais avec la même réticence qu’il y a vingt ans. Je n’ai jamais aimé prendre les classes. Je sais que sans ça, le reste ne tient pas, mais je n’y vais pas en me disant : «Chouette! Je vais passer deux heures dans un studio à m’entraîner.»

Avez-vous souffert à l’école de l’Opéra de Paris à cause de la discipline trop dure ?

Non, j’ai plutôt de bons souvenirs, même si ce n’était pas drôle tous les jours et que je n’étais pas forcément d’accord avec les méthodes de certains professeurs…Et puis, il y a cette fameuse sélection. Ce n’est pas dans l’air du temps, mais certaines disciplines comme la danse, la cuisine ou le foot en ont besoin pour accéder à l’excellence.

Vous avez signé quelques chorégraphies, pourquoi n’avez-vous pas continué?

Par manque de temps. On me l’a proposé mais à ce moment là, j’avais d’autres désirs, des expériences personnelles, des reprises de grands classiques, des rencontres à provoquer.

Vous n’avez pas envie de faire du théâtre ou du cinéma ?

Le cinéma, je ne suis pas sûre d’y arriver. Le théâtre me semble être plus dans mes cordes : il y a le rapport avec la scène et l’instant. Quand les choses ne sont pas dans votre domaine, c’est plus risqué. J’aime bien me faire peur, mais je n’aimerais pas avoir une crise cardiaque.

Imaginez-vous votre vie après la danse?

C’est vrai que lorsque je ne suis plus en scène, c’est une autre vie. Je fréquente les peintres, les artistes. Au Japon, j’ai connu un potier qui s’appelle Taizo Kuroda. Quand j’arrêterai la danse, je me suis promis de partir six mois chez lui pour devenir apprentie.

 Recueilli par Philippe Verrièle