Avec le créateur de «Calvin et Hobbes», le festival d'Angoulême sacre une idole universelle

BD C'est Bill Watterson, le créateur de Calvin et Hobbes, qui succèdera à Willem en 2015...

Olivier Mimran

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 Une planche de la série «Calvin et Hobbes», de Bill Watterson.
 Une planche de la série «Calvin et Hobbes», de Bill Watterson. — Bill Watterson

And the winner is… l’américain Watterson ! Le «papa» de Calvin et Hobbes vient en effet d’être sacré Grand Prix du 41e festival International de la Bande dessinée d’Angoulême

Suite à l’instauration d’un nouveau système de vote, on savait depuis quelques semaines que le nouvel élu serait le troisième étranger jamais distingué (après l’argentin José Muñoz en 2007 et l’américain Art Spiegelman en 2011). Coiffant sur le poteau le japonais Katsuhiro Otomo (Akira) et le scénariste anglais Alan Moore (Watchmen, V comme Vendetta, From Hell etc), l’américain Watterson présidera donc la 42e édition du festival.

Une oeuvre unique

Surprenant, pour l’auteur d’une seule œuvre. Mais quelle œuvre! Calvin et Hobbes raconte le quotidien d’un petit garçon, Calvin, persuadé que son tigre en peluche, Hobbes, est un vrai félin. Mixant humour, tendresse et une grosse dose de poésie, la série réveille immanquablement l’enfant qui sommeille en chaque lecteur.

Cette désignation représente une aubaine pour Angoulême, qui aspire à un rayonnement international; car des trois nommés, Watterson est certainement le plus universellement connu: la BD Calvin et Hobbes, publiée en strips quotidiens de 1985 à 1995, a été traduite dans près de quarante langues et s’est vendue à plus de trente millions d’exemplaires par le monde! Aujourd’hui encore, chaque réédition du titre truste les podiums des ventes.

Un ermite à Angoulême ?

Mais Watterson Grand Prix, ça signifie également de gros problèmes logistiques pour les organisateurs. Car il est très peu probable que le vainqueur soit physiquement présent, comme l’exige la tradition, sur les berges de la Charente en janvier 2015: depuis qu’il a arrêté, en 1995, de «produire» des strips de Calvin & Hobbes, Watterson s’est retiré et vit reclus, au fin fond de l’Ohio, auprès de sa famille. Désireux de retrouver l’anonymat après un succès qui l’a dépassé, l’idole de plusieurs générations de lecteurs n’est plus apparu publiquement depuis près de dix ans.

Ç’aurait d’ailleurs été le même problème avec Alan Moore, qui a récemment déclaré à nos confrères d’actuaBD qu’il refuserait le prix s’il était nommé. Seul Otomo aurait peut-être «joué le jeu».

Quoi qu’il en soit, l’octroi du Grand Prix au créateur de Calvin et Hobbes reste une excellente nouvelle en ce qu’il consacre le talent et l’intégrité (Watterson a toujours refusé l’exploitation dérivée de ses personnages, et il n’existe pas de figurines, draps de bains ou autres trousses Calvin & Hobbes). Des vertus rares, qui en font un modèle dont le sacre ne peut faire que l’unanimité.