Palmarès du festival de la BD d’Angoulême 2014

Olivier Mimran

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® Lewis Trondheim & FIBD

Plutôt grand public, le cru 2014 devrait faire taire ceux qui reprochent, d’une année sur l’autre, au festival d’Angoulême une tendance «élitiste». Et fait troublant, plusieurs des lauréats ont pour thème sous-jacent le souvenir.

À commencer par le Fauve d’or du meilleur album, attribué à Come prima d’Alfred (éd. Delcourt), une ballade douce-amère qu’entreprennent deux frères suite au décès de leur père. Formellement magnifique, l’album manque parfois un peu de profondeur… mais il bouleverse, ce à quoi le jury n’est manifestement pas resté insensible.

Moins «facile» à lire, mais ô combien enrichissant, La propriété, de l’israelienne Rutu Modan (éd. Actes sud BD), emporte le Prix spécial du jury. Ce second album de lauteure traduit en français (après Exit wounds) raconte le voyage d’une grand-mère et de sa petite-fille à Varsovie, sur les traces de l’appartement que la première a dû quitter pendant la guerre.

Rigolons un peu

Le Prix de la série est attribué au délirant second tome de Fuzz et Pluck, de l’américain Ted Steam (éd. Cornélius), dans lequel on poursuit les aventures déjantées d’un ours en peluche et d’un poulet déplumé. Un must de la BD indépendante made in usa.

Excellents ex-aequos

C’est rarissime à Angoulême, mais le Prix révélation a accouché d’un ex-aequo: Le livre de Léviathan, de l’américain Peter Blegvad (éd. L’Apocalypse) et Mon ami Dahmer, de son compatriote Derf Backderf (éd. Çà & Là) se partagent les lauriers. Le premier, débordant d’audaces graphiques, compile des trips mettant en scène un bébé et un chat dans un univers très onirique. Le second, un des chouchous de la rédaction de 20 Minutes, rend compte des interrogations de son auteur qui, des années plus tôt, a (réellement) fréquenté le «cannibale de Milwaukee», un des pires tueurs en série que l’amérique ait connus. Terrifiant, mais captivant.

Exit Fritz the cat, le Spirou de Chaland ou l’anthologie Jack Kirby. C’est le Cowboy Henk, chef d’œuvre du «nonsense» des flamands Herr Steele et Kamagurka (éd. Frémok) qui est couronné du Prix du patrimoine.

Le blues de la lose

Le Fauve polar/SNCF va à l’excellent Ma révérence, des français Wilfrid Lupano et Rodguen (éd. Delcourt), dans lequel deux losers envisagent de braquer un fourgon blindé. Un prix amplement mérité pour un album à l’intrigue intelligente et aux personnages très attachants.

Le second tome des Carnets de Cerise (éd. Soleil), des français Joris Chamblain et Aurélie Neyret, reçoivent le Prix jeunesse et celui de la BD alternative va à la revue suisse Un fanzine carré.

Le carton de l'année

Enfin, le déjà multi-récompensé (Prix Landerneau de la BD et le Prix coup de coeur du festival Quai des bulles de St-Malo) Mauvais genre (éd. Delcourt), de Chloé Cruchaudet, se voit décerner le très convoité Prix du public/Cultura. Une trajectoire hors du commun pour l’album, de fait, le plus populaire de l’année 2013, qui raconte comment un appelé de la grande guerre se travestit pour échapper à la mobilisation générale. Un sujet fort, auquel l’actualité de la théorie des genres fait curieusement écho.