Angoulême veut se lancer dans l’import-export de bulles

Benjamin Chapon

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Une jeune fille déguisée en personnage de manga pose à l'occasion du «Comic World Hong Kong», le 1er février 2009.

Les fans de «cosplay» se réunissent aussi à Paris. A découvrir en images ici.
Une jeune fille déguisée en personnage de manga pose à l'occasion du «Comic World Hong Kong», le 1er février 2009. Les fans de «cosplay» se réunissent aussi à Paris. A découvrir en images ici. — R. BROOKS / AFP

Angoulême, zone franche et plaque tournante de la BD mondiale. Voilà comment Franck Bondoux, délégué général du Festival Internationale de la BD, rêve l’événement angoumoisin.  

Les comics continuent leur retour en force en France. Selon une étude sur le marché français de la BD de l'institut GfK, les BD américaines ont connu une hausse de 14,5% en chiffre d'affaires en 2013. En léger repli, les mangas sont encore très lus puisqu’une BD vendue sur trois en France est un manga.  

«… résiste encore et toujours…» 

«Dans ce contexte-là, la BD franco-belge doit, elle aussi, mieux s’exporter. Et le festival d’Angoulême peut jouer un rôle important dans ce développement», assure Franck Bondoux. 

«Plusieurs grands événements BD en Chine, au Japon, aux Etats-Unis ou au Canada, ont compris qu’ils devaient miser sur l’international, explique-t-il. D’ailleurs, ils viennent tous voir comment on fait. Il y a cette année une délégation chinoise qui vient étudier comment les auteurs chinois pourraient être encore plus présents l’an prochain.» 

Mister president ou président San? 

Ce n’est qu’un symbole mais le prochain Grand Prix du festival pourrait bien aider Angoulême à grandir encore un peu. Elu cette année par l’ensemble des auteurs édités en France, le successeur de Willem sera un Grand Prix démocratique.  

Le second tour de l’élection se déroule pendant le festival, jusqu’à dimanche. Et les trois auteurs encore en lice, Bill Watterson, Alan Moore et Katsuhiro Otomo, sont non seulement étrangers mais ont tous une aura internationale et intemporelle.

Le grand prix de l’invisibilité 

Mais faire venir en Charente son prochain président sera un défi de taille pour le festival. Bill Watterson vit en quasi-ermite dans la région des Grands Lacs américains depuis qu’il a arrêté de dessiner Calvin & Hobbes du jour au lendemain, en pleine gloire mondiale.  

Le Britannique Alan Moore voyage très peu et préfère les séances de spiritisme aux mondanités où il aurait à s’exprimer sur ses scénarios de Watchmen ou V pour Vendetta. Enfin, Otomo est excessivement rare, surtout en Europe, et est très occupé à gérer l’empire que le succès d’Akira lui a permis de bâtir.  

Tokyo-Chicago, avec escale à Angoulême 

Plus largement, faire venir les grands noms du comics ou du manga devient un enjeu vital pour Angoulême qui subit là la concurrence d’événements comme la Japan Expo, à Paris.  

Les auteurs internationaux visitent l’Europe une fois par an, pas plus. Au festival de faire en sorte que la Charente figure à leur agenda de la fin janvier. «C’est un vrai défi, c’est vrai», concède Franck Bondoux.

Devises étrangères acceptées

Le festival, qui a chaque année, un mal fou à boucler son budget et à trouver des sponsors privés pourrait aussi être séduit par le sponsoring international, par exemple, avec une compagnie aérienne coréenne ou chinoise

«J’aimerais aussi attirer des entreprises françaises à vocation internationale, précise Franck Bondoux. Il y en a plusieurs dans le domaine du cinéma et du jeu vidéo par exemple.»

Pop culture mondialisée

Alors que reviennent, comme chaque année, les complaintes des auteurs et des éditeurs sur le manque d’infrastructures (hôtels, centre de congrès, navettes…) à Angoulême, Franck Bondoux s’agace des visionnaires sombres qui prophétisent la mort du festival.

«Nous avons une histoire et un savoir-faire extrêmement précieux. Nous sommes très biens armés pour jouer un rôle majeur dans ce marché de la pop culture mondialisé. Il ne faut pas avoir peur mais investir et oser aller de l’avant.»