Les instituteurs ouvrent leurs classes à l’école de la BD

Benjamin Chapon

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® L. Trondheim & FIBD

Depuis quarante ans, plus de 300.000 écoliers, du CP à la Terminale, ont participé au concours «A l’école de la BD» organisé par le festival de la bande dessinée d’Angoulême. Cette année encore, ils ont été plus de 10.000 à dessiner une histoire en bulles et en dessins sur le thème de leur choix.

Bras armés de cette organisation sans faille qui depuis des années permet aux apprentis dessinateurs de se lancer, les instituteurs encouragent leurs élèves à participer.

Apprendre à raconter une histoire

«Il paraît que 80% des lauréats du concours deviennent professionnels par la suite, explique Noémie, institutrice à Toulon (Var). Mais moi, je ne fais pas ça pour ça. Bien sûr, j’adore quand un de mes élèves a un prix et est invité à Angoulême, c’est super. Mais j’utilise surtout le concours pour mobiliser ma classe sur un projet original.»

Comme Noémie, Chantal, institutrice en Charente-Maritime, trouve des vertus pédagogiques à la BD: «La narration séquencée, c’est un vilain mot mais ça aide sacrément les enfants à comprendre comment on raconte une histoire.»

Les dessins pour le dire

«Ça décoince leur écriture, précise Noémie. Le fait de devoir dessiner une situation les fait réfléchir à la plausibilité des situations. On travaille aussi à l’équilibre entre textes et images. Quand ils n’ont pas les mots, ils dessinent, quand ils n’arrivent pas à dessiner une situation, je les incite à utiliser le dialogue.»

L’institutrice a ainsi été touchée par une élève qui voulait raconter le moment où sa mère lui a annoncé qu’ils allaient déménager. «Elle ne voulait pas dessiner son visage ni celui de sa mère alors elle a situé le dialogue dans une voiture. Elles sont de dos et le paysage défile. C’est très beau, très fort, vraiment.»

Sortir certains élèves de leurs bulles

Benoît, instituteur à Clichy (Hauts-de-Seine) reconnaît qu’il n’y a «pas que des chefs d’œuvre mais ce genre d’activités permet de valoriser des élèves qui ne se distinguent pas dans d’autres domaines. Ce n’est plus une question de notation mais d’implication.»

Le jeune instituteur n’avait jamais vu ses élèves débattre ensemble et s’entraider à ce point. «Et dans cette émulation, les plus actifs ne sont pas forcément ceux qui lèvent le doigt pour répondre aux questions d’algèbre.»

«Madame! Théo, il copie!»

Le concours a aussi amené les professeurs à discuter avec les élèves de questions que se posent tous les dessinateurs, et même tous les artistes.

«Beaucoup d’enfants recopiaient spontanément des gags de leurs BD préférées, ou allaient carrément chercher des dessins sur Internet, raconte Chantal. On a discuté des concepts de plagiat, de citation, d’hommage, de copie. Les élèves étaient très réceptifs à tout ça.»