Le crowdfunding sourit aux rigolos

Benjamin Chapon

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Capture d'écran du clip de La tristitude d'Oldelaf
Capture d'écran du clip de La tristitude d'Oldelaf — YouTube

Oldelaf sort un nouvel album lundi en grande partie financé par une campagne de crowdfunding. Cette méthode de financement de la musique, popularisé en France par My Major Company et rendu cool par KissKissBankBank, a déjà permis à de nombreux artistes d’enregistrer un album, tourner des clips ou organiser des festivals.

Il y a quelques jours à Paris, Oldelaf organisait un concert et une fête pour remercier les deux mille généreux donateurs qui lui ont permis de rassembler la somme colossale de 65.000 euros pour réaliser son album.

Garanti sans anti-dépresseur

A l’image de la musique, simple, gaie et entraînante d’Oldelaf, la foule des mécènes  s’égaille dans un joyeux bordel. «Ce qui me plaît chez Oldelaf, c’est qu’il donne tout ce qu’il a sur scène, il donne du bonheur et de l’énergie, explique Pierre, habitué des sites de crowdfunding musical. C’est pas comme toutes ces nanas qui se plaignent qu’elles ne trouvent pas l’amour avec leur voix niaises. Je ne donnerais jamais d’argent à des dépressifs.»

Olivier, venu avec quatre autres amis qui ont fait le voyage depuis le Sud-ouest, vante lui aussi l’humour d’Oldelaf. «On écoute tous des musiques très différentes, moi je suis plutôt rock, Cédric, il aime le jazz… Mais on se retrouve autour de quelques groupes comme les Wriggles ou la Chanson du Dimanche parce que c’est drôle, bien écrit, bien pensé et entraînant.

Financement à la carte… postale

Autre donateur, Loïc récuse l'appelation de «fan hard core» mais est un habitué des sites de crowdfunding. «Depuis dix ans, je n’achète plus de disques. Je me procure la musique autrement. Mais j’ai décidé de continuer à dépenser la même somme qu’avant mais d’une autre manière. Je finance les projets qui me touchent et que je trouve originaux.»

Le groupe québécois Misteur Valaire a ainsi bâti un «business model» autour d’abonnements des fans qui payent chaque mois et reçoivent en retour des titres, clips et places de concerts en exclusivité. «On leur écrit même des cartes postales quand on est en tournée, raconte Julien,  le chanteur. Il faut accrocher les gens. C’est vrai que le côté un peu fou de nos premiers albums a dû séduire des passionnés de musique qui n’entendaient pas ça ailleurs. C’est plus facile pour nous que pour un mec qui joue de la folk à la guitare ou un groupe de pop comme mille autres.»

Les médias dépassés

Giedré, chanteuse très originale qui a, en partie, fait ses classes en première partie des concerts d’Oldelaf sort également un nouvel album sans maison de disques ni distributeur. La chanteuse insolente et délurée peut compter sur un réseau de fans très puissant, bien que ses titres ne passent jamais en radio et que les médias s’intéressent peu à elle.

Michel a voulu financer Oldelaf justement parce que les «grands médias» ne s’intéressent pas à lui. «Le show business détruit les artistes originaux, ils faut qu’ils rentrent tous dans le même moule. Moi, je finance les artistes dont je suis sûr qu’ils ne passeront jamais à la télé.»