«Opération Sweet Tooth»: Ian McEwan nous rend addict

LIVRES Ian McEwan signe avec «Opération Sweet Tooth» (Gallimard) un roman addictif qui mêle espionnage, intrigue amoureuse et hommage à la littérature. «20 Minutes» a rencontré le célèbre auteur britannique à Paris...

Annabelle Laurent

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Opération Sweet Tooth, Ian Mc Ewan, paru chez Gallimard le 9 janvier 2012. 22,50 euros. 
Opération Sweet Tooth, Ian Mc Ewan, paru chez Gallimard le 9 janvier 2012. 22,50 euros.  — Gallimard/BALTEL/LAMACHERE AURELIE/SIPA

Après Ian Fleming et le MI6, voici Ian McEwan et le MI5. Nous pénétrons dans les coulisses de l’agence de renseignement anglaise grâce à Serena Frome, brillante étudiante de Cambridge recrutée à peine son diplôme en poche, au début des années 1970. D’abord sous-officier stagiaire assignée à des missions paperasse -comme le veut le machisme du MI5- Serena se retrouve pourtant vite impliquée dans une opération. Nom de code: Sweet Tooth. Objet: soutenir financièrement les écrivains dont l’idéologie est anti-communiste. Lectrice compulsive, Serena doit approcher Tom Haley, un jeune auteur prometteur. Mais a la mauvaise idée de tomber amoureuse de lui…

Le MI5 en pleine guerre froide et culturelle

Mené de main de maître jusqu’à un final jubilatoire, Opération Sweet Tooth, 12ème roman de l’auteur britannique (Expiation, L'enfant volé), se dévore avec l’appétit de Serena pour les livres. Ian McEwan signe d’abord un roman historique, inspiré de faits réels. Sur le MI5, qu’il raconte avec un humour féroce. Sur l’Angleterre en pleine guerre froide culturelle. Une période dans laquelle l’auteur a souhaité se replonger car cette «étrange époque de dépression nerveuse du pays mais d’effervescence dans les arts» est celle qu’il a connue à ses débuts, à l’âge de son héroïne, raconte-t-il quand nous le rencontrons à Paris.

Des débuts «heureux», même si une Serena «n’est jamais venue dans mon bureau m’offrir une bourse à vie!». Il était alors un «écrivain agonisant» et si aujourd’hui, à 65 ans, il écrit chaque jour «vers 9h30-10h, avec une grande tasse de café», son écriture ne «coule» toujours pas autant qu’il le voudrait. Serena devenue «espion» découvre avec fascination les nouvelles de Tom Haley, insérées dans le roman. McEwan profite de leur rencontre pour réfléchir à l’influence de la littérature. Elle qui lit Jane Austen et Soljenitsyne avec la même avidité, écrit: «J’étais la plus primaire des lectrices. Tout ce que je voulais, c’était me retrouver dans mon propre univers, restitué avec art et sous une forme accessible». 

Non, le roman n’est pas mort

«Serena veut lire sur elle-même. Mais elle veut surtout que les romans l’intéressent. Henry James était de son côté. Il disait: le premier devoir de l’écrivain est d’être intéressant. Ce qui a le mérite de rappeler: être ennuyeux, ce n’est pas être profond!». A-t-il lu le récent article de BBC News où la littérature française est jugée déclinante car élitiste? Il cite le dernier roman français qu’il a eu entre les mains, HhHh de Laurent Binet, «totalement brillant!». Mais évoque aussi, «dans l’Europe continentale, une tradition d’écriture existentielle dépourvue de la responsabilité de s’intéresser à notre modernité». Il admire Toni Morrison, John Updike. «Notre époque est incroyablement passionnante et tragique à la fois. Comment un écrivain peut-il y résister comme sujet?»

Opération Sweet Tooth est un vibrant hommage à la littérature, aux similitudes entre le travail d’écrivain et celui d’espion. Et au pouvoir de la lecture, ajoute Ian McEwan. «Mais pas seulement celle des livres. La "lecture" des autres. Le roman est une machine à entrer dans l’esprit de l’autre. Et c’est pour ça qu’il ne peut pas mourir», lance l’auteur, en citant Philip Roth qui prédisait en 2009 la fin du roman. «Je pense qu’il a fondamentalement tort. Le roman aurait dû déjà mourir, écrasé par l’immédiateté du cinéma ou de la télévision. Mais parce que l’être humain voudra toujours explorer sa condition, il survivra. Peu importe sous quelle forme. Il faut qu’il survive.»

>> Deux autres romans à ne pas rater: «Le Chardonneret» et «En finir avec Eddy Bellegueule»

Opération Sweet Tooth, Gallimard, 22,50 euros.