Rossini enchanté par Pierrick Sorin fait de l’effet au Châtelet

OPERA Féru d’effets spéciaux, l’artiste vidéaste reprend «La Pietra del Paragone», lui qui ne connaissait rien à l’opéra avant de mettre en scène cette oeuvre de jeunesse de Rossini… Depuis, Pierrick Sorin est devenu un spécialiste de l’incrustation de chanteurs sur fond bleu et en direct…

Stéphane Leblanc

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La Pietra del Paragone, janvier 2014
La Pietra del Paragone, janvier 2014 — M.-N. Robert / Théâtre du Châtelet

Déjà, le théâtre, «ce truc avec des gens qui chuchotent en direction du public», ce n’était pas son truc. Alors pensez, l’opéra! Pierrick Sorin n’est pas tombé dedans quand il était petit. Mais il a suffi que Jean-Luc Choplin, le directeur du théâtre du Châtelet, tombe sous le charme de ses installations vidéo dans les vitrines des Galeries Lafayette en 2002 pour que l’artiste saisisse la balle au bond: «Pourquoi ne pas adapter en grand ce que je faisais en tout petit?»


Binge Drinking de Pierrick SORIN à la Cité... par Cite_TV

Ce qu’il faisait? Un petit théâtre optique dans lequel un personnage s’anime par des hologrammes ou des jeux de miroir au sein d’un décor minuscule. Développé en grand sur fond bleu, comme dans les effets spéciaux hollywoodiens, le principe prend une tout autre envergure. «Le concept d’incrustation en direct est devenu pour moi un principe d’écriture scénique. Une signature.»

Le début d’une nouvelle carrière

Grand bien lui fit: La Pietra del Paragone, opéra de Rossini exceptionnellement repris jusqu’au 29 janvier au théâtre du Châtelet, à l’endroit même où le spectacle fut créé en 2007, a lancé Pierrick Sorin dans une nouvelle carrière de metteur en scène d’opéra. «J’en ai monté six autres depuis.»


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Où l’artiste, influencé par Méliès et Buster Keaton, filme les chanteurs sur fond bleu pour les intégrer dans des maquettes à échelle réduite, filmées par une autre caméra, le tout sur scène et en direct. «C’est beaucoup moins cher que d’utiliser de vrais décors et ça permet de les démultiplier à l’envi.» Sur scène, le public voit tout, s’amuse des facéties des chanteurs, d’autant que les effets de surprise ne manquent pas. Pierrick Sorin intervient d’ailleurs lui-même au début de La Pietra del Paragone pour initier les spectateurs à la magie des fonds bleus.

L’art du chant en gros plan

Lors de la création de cet opéra en 2007, l’artiste avait été «agréablement surpris de l’adhésion des chanteurs à un concept qui compliquait leurs déplacements, mais qui leur permettait d’être vus en gros plans». L’avènement de la 3D et les progrès techniques font qu’ils ne sont plus désormais filmés que par une seule caméra HD au lieu de trois. «Le jeu des interprètes est ainsi libéré des contraintes et permet une plus grande fluidité esthétique.» Le résultat, sur plus de 2h30 de spectacle, ressemble à un vaudeville. En nettement plus bluffant.

Et pour ceux qui voudraient le voir à la maison, le spectacle sort en DVD chez Naïve.