La villa Médicis de tous les fantasmes

Benjamin Chapon

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Frederic Mitterrand devant la Villa Medicis, à Rome, qu'il a dirigée en 2008-2009. (23 juin 2009)
Frederic Mitterrand devant la Villa Medicis, à Rome, qu'il a dirigée en 2008-2009. (23 juin 2009) — MICHEL SLOMKA/SIPA

La villa Médicis n’a pas attendu la liaison présumée entre un Président de la République et une des membres (éphémères) de son jury pour alimenter les fantasmes. L’Académie de France à Rome tient son lustre et son aura d’un passé glorieux et bouleversé.

«L’institution est née en 1666, rappelle Ghislaine Copain, historienne spécialiste de la Renaissance. Quand les artistes français y allaient pour s’exercer à la reproduction d’Antiques, il s’agissait pour la France de s’inscrire dans l’illustre tradition de Rome. Puis peu à peu, l’Académie de France à Rome est devenu un moyen de propagande de la culture et des arts français.»
 

Les arts savants, gardiens jaloux du lieu

Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, les nominations à sa présidence et la désignation d’artistes invités à y résider suscitent convoitises, controverses et polémiques.
 
La chanteuse Claire Diterzi a subi les foudres d’artistes réactionnaires lors de sa nomination en 2010. «Je représentais la chanson, donc un art non savant, et cela était très choquant pour certains, expliqua-t-elle après cette expérience pénible. J’ai été violemment attaquée mais cela m’a rendu plus forte.»
 

Une sacrée Villa

Si certains artistes témoignent d’une magie du lieu, la plupart parlent de la pression du passé. Lors de sa nomination à la présidence de la Villa Médicis, très politique, par Nicolas Sarkozy en 2008, Frédéric Mitterrand avait d’abord parlé de désacraliser l’institution avant de se raviser.
 
«Il est noble de vouloir rendre un lieu vivant et connecté à son époque, surtout une résidence d’artiste, explique Ghislaine Copain. Mais la villa Médicis fait partie de ces lieux dont la République française s’est servi pour installer son régime dans la continuité de la grande histoire du pays. On ne peut pas le désacraliser.»