Festival d'Angoulême: «Fenêtres sur rue», la BD qu'on lit les bras écartés

BD «20 minutes» passe en revue des albums concourant dans la sélection officielle du prochain Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême (30 janvier au 02 février)...

Olivier Mimran

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® P. Rabaté & éd. Soleil

Depuis 2012, le festival d'Angoulême ne décerne plus de «fauve de l'Audace» (supposé récompenser un album «expérimental»). Dommage, tant «Fenêtres sur rue» en aurait été un lauréat tout désigné: davantage livre d'illustrations qu'album de BD, cet ouvrage de Pascal Rabaté fait en effet montre d'une grande originalité puisqu'il se lit... en accordéon (voir illustration ci-dessous)!  Pour déroutant qu'il soit, ce choix formel se révèle tout à fait justifié puisque tous les volets dévoilent un même point de vue sur une portion de rue, sur 24 heures, à différents moments de la journée (au recto) ou de la nuit (au verso). On peut ainsi, si nécessaire, embrasser l'ensemble d'une période d'un seul coup d'oeil. Malin!

Malin et pratique puisque l'ouvrage, dénué de dialogues, présente simultanément plusieurs histoires différentes (qui se recoupent à la fin): on voit les déambulations de personnages dans la rue, mais on surprend aussi leur intimité à travers les fenêtres de leurs logements. D'aucuns vivent une passion amoureuse, d'autres subissent des trahisons, certains se livrent à un train-train quotidien, et on assiste même... à un crime! Du coup, le lecteur devient un voyeur -impuissant- comme l'était James Stewart dans le film «Fenêtre sur cour», d'Alfred Hitchcock.

À propos de «Fenêtres sur rue», interview de Pascal Rabaté par MaXoEwww.maxoe.com)

C'est d'ailleurs bien à Hitchcock que Pascal Rabaté rend hommage dans ce qui s'apparente davantage à un thriller qu'à une étude sociologique. À Hitchcock, mais aussi à Jacques Tati puisqu'on reconnait ces deux grands réalisateurs parmi les protagonistes de l'album. Rien d'étonnant de la part d"un créateur qui conjugue les métiers d'auteur de BD et de cinéaste (il a réalisé l'adaptation d'un de ses albums, «Les petits ruisseaux», en 2009, puis «Ni à vendre, ni à louer» en 2011). Déjà récompensé deux fois à Angoulême (en 1999 et en 2000, pour les deux premiers volumes de sa série-fleuve Ibicus), Pascal Rabaté pourrait une nouvelle fois décrocher la lune avec ce singulier mais enthousiasmant nouvel ouvrage.

«Fenêtres sur rue», de Pascal Rabaté - Éditions Soleil, 18,95 euros