Milo Manara: «Ma production est trop érotique pour obtenir le Grand prix»

BD Le festival de la bande dessinée d'Angoulême a révélé une liste de vingt auteurs pré-nommés à l'élection du Grand Prix 2014. 20 Minutes a recueilli le sentiment de certains d'entre eux...

Olivier Mimran

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® éd. Glénat

Le second entretien nous a été accordé par l'italien Milo Manara, auteur de plus de 40 albums et créateur des séries Les aventures de Giuseppe Bergman, Le déclic, Borgia (avec Alejandro Jodorowsky) etc.

Que pensez-vous du festival d’Angoulême?

J'y participe et l'apprécie depuis de nombreuses années. Je fais d'ailleurs désormais partie des «auteurs seniors». Je m'y rends, la plupart du temps, en simple spectateur... Mais aussi pour le plaisir de saluer les anciens et nouveaux amis ou collègues! Il faut dire que le reste de l'année, on n'a pas très souvent l'opportunité de se croiser. Et puis je suis aussi poussé par la curiosité de découvrir les nouveautés éditoriales, de constater les évolutions du festival.

Justement, comment percevez-vous ces évolutions?

Il y en a eu beaucoup depuis l'époque où je travaillais pour le magazine français (À SUIVRE), il ya trente cinq ans. Le festival était plus petit, plus intime. On pouvait tranquillement discuter avec tout le monde, c'était d'ailleurs ce qui faisait le charme du festival et la raison pour laquelle j'adorais m'y rendre. Et parmi les changements qui m'affectent le plus, il y a, inévitablement, les absences, chaque année, de gens que j'adorais comme Hugo Pratt, Jean-Paul Mougin, Jean Giraud et bien d'autres.

Vous faites partie de la pré-liste des vingt auteurs éligibles au Grand Prix. Qu'est-ce que ça vous inspire?

En tout cas, ça ne changera rien à mon attitude: je compte bien profiter de cette «fête» avec la même sérénité qu'avant, et sans la moindre attente. D'autant que quelqu'un m'a dit, il y a quelques années, que ma production était «trop érotique, trop girlie» pour que j'aie une chance d'être élu. En plus, je ne suis pas sûr que je serais capable d'honorer mes engagements et responsabilités si j'étais désigné Grand prix.

Que pensez-vous du nouveau système de vote?

Pour vous dire la vérité, je n'ai jamais su quels étaient les critères pour choisir les gagnants. Et je ne suis pas plus au courant du nouveau système.

Serez-vous présent lors de la 41e édition?

Je ne sais pas, parce que je préfère ne venir que si je peux présenter une nouveauté, un album inédit par exemple. Je ne me suis jamais rendu au festival d'Angoulême en ne pensant qu'à y obtenir une distinction! En plus, j'en ai déjà une puisqu'en 1987, quand Un été indien [ndr: co-réalisé avec Hugo Pratt] a remporté un Alfred [ndr: le pingouin de Zig et Puce, d’Alain St-Ogan], Hugo m'a généreusement permis de ramener la statuette à la maison!

Vous l'attriburiez à qui, vous?

Le fait est qu'il y existe beaucoup d'auteurs extraordinaires, talentueux et que chacun d'eux mériterait le prix. Or faire un choix signifierait exclure tous les autres, et je ne puis m'y résoudre. Ce ne serait pas très élégant.

Quels sont vos projets artistiques?

Je travaille actuellement sur la vie du grand peintre Le Caravage. Angoulême 2015 sera donc une excellente occasion de présenter le livre; ce que je ferai dans une totale tranquillité d'esprit, sans penser au Grand Prix. Car comme on dit en Italie: «Si ce sont des roses, elles fleuriront...»