Frère Alessandro, un moine à la gueule et la voix d’ange

Benjamin Chapon

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Frère Alessandro, frère franciscain et chanteur
Frère Alessandro, frère franciscain et chanteur — Universal

C’est une star de la chanson, dont le précédent album a été l’un des plus vendus en Europe en 2012, qui nous reçoit. Pas dans un hôtel luxueux, ni dans un bar branché, mais au monastère franciscain de Rome. Frère Alessandro sort son deuxième album, «Chanter la joie».

Le moine et ténor de 35 ans est un beau jeune homme, plutôt doué dans l’exercice de l’interview, en anglais. «Je suis plus à l’aise aujourd’hui pour les interviews, mais je n’aime toujours pas voyager et j’ai toujours autant le trac avant de monter sur scène.»

Monter au ciel oui, mais pas en avion

Avant que le label Decca ne le repère et ne lui propose un contrat pour trois albums, Frère Alessandro n’avait jamais pris l’avion. Moine charpentier et chef de chœur au monastère Portioncule à Assise, en Italie, il aspire à «une vie simple et tranquille avec mes Frères.»

Manque de pot, la promotion de son nouvel album va encore l’amener dans toutes les capitales européennes, où il loge, sans exception, dans des monastères. «Je ne veux rien changer à mon mode de vie. En tout cas le moins possible…»

Un goût pour les compositeurs morts

Quand est sorti, en 2012, l’album «La voix d’Assise» où Frère Alessandro révélait au grand public sa voix pure et puissante, il a raconté son histoire. «J’ai découvert Bach et Michael Jackson à neuf ans. Et j’ai tout de suite su que la musique ferait partie de ma vie pour toujours.»

Son autre révélation mystique, Alessandro l’a eu à 19 ans. «J’étais un adolescent très égocentrique, je pensais que rien n’existait en dehors de mon esprit, que mon esprit construisait tout ce que je pensais voir.»

Dieu, intercesseur entre pop et baroque

Un jour, «allongé dans une forêt», il ressent «la présence de Dieu et elle répondait à toutes mes questions. Par exemple, Dieu fait le lien entre tous les genres musicaux que j’aime, il donne du sens à tout ça.»

A partir de là, il oublie ses envies de musique. Jusqu’à ce que le producteur Mike Hedges, déjà producteur du groupe The Priests, ne lui fasse passer une audition.

Mission d’évangélisation

«Il ne savait pas qu’il allait devoir chanter en solo, il pensait que c’était un projet de chorale», raconte frère Eunan, moine qui accompagne Alessandro partout où il va. «Les frères franciscains partent toujours à deux en mission d’évangélisation.»

Alessandro aussi voit sa carrière musicale comme une mission. «J’obéis à mes supérieurs. S’ils pensent que ça doit être fait pour faire passer le message de Dieu et du Christ, alors je continuerai à faire des disques.»

Les anges du show business

Frère Alessandro semble tout ignorer de son contrat. «Je n’ai pas à me soucier de ça, c’est l’un des avantages du vœu d’obéissance que l’on fait quand on devient moine.» Candide, il ne voit aucun mal à ce que l’Eglise participe du show-business.

 «Mais c’est très bien le business. Les moines bénédictins ont créé des entreprises et des emplois. Et c’est une chose positive.» Conscient qu’outre sa voix, son physique avenant participe de son succès, Frère Alessandro raconte que ses Frères «se moquent souvent de lui à cause de ça. On rigole bien.»

Le minimalisme romantique en latin

Pour autant, Frère Alessandro n’est pas aussi lisse qu’un bénitier en marbre. Quand on lui parle de son péché mignon, la composition de musiques, son regard s’illumine. «Je suis très inspiré par la musique minimaliste de Philip Glass par exemple, mais mes compositions ont quand même des mélodies romantiques, et des paroles dans plusieurs langues, le latin surtout.»

Mais aucune chance d’entendre un jour ces musiques sur un album de Frère Alessandro. «Oh non, ce n’est pas pour le grand public, c’est de la musique un peu… spéciale. C’est quelque chose qui reste entre moi et Dieu.»