Blanca Li: «On a moins peur des machines quand on quitte le spectacle»

Annabelle Laurent

— 

"Robot!", le nouveau spectacle de Blanca Li, à Paris du 23 décembre au 5 janvier 2014. 
"Robot!", le nouveau spectacle de Blanca Li, à Paris du 23 décembre au 5 janvier 2014.  — Magali Bragard

Blanca Li a bien transformé ses danseurs en robots, en 1997, au son d’«Around the World» des Daft Punk. Pourquoi ne pas transformer, quinze ans plus tard, ses robots en danseurs? Cet été, alors qu’elle fêtait les 20 ans de sa compagnie, la chorégraphe andalouse de 49 ans charmait une fois de plus le public, celui de Montpellier Danse, avec son nouveau spectacle «Robot!». Son ballet du troisième type investit du 23 décembre au 5 janvier le Théâtre des Champs Elysées, à Paris. Sur scène, un orchestre automate conçu par le collectif japonais Maywa Denki, six robots humanoïdes NAO, petits personnages hauts de 58cm fabriqués par les Français d’Aldebaran Robotics, et huit danseurs. En chair et en os.

Quelle était votre idée de départ?

Je voulais parler de la relation entre l’homme et la machine, de plus en plus présente dans notre quotidien. On ne quitte pas son téléphone portable, on paie tout seul au supermarché, on s’enregistre à l’aéroport, le métro n’a pas de conducteur. On a tout ça autour de nous… et on s’habitue! Je me suis demandée: qu’est-ce qu’on peut faire sur scène? Est-ce qu’on peut avoir de l’émotion avec des machines?

Vous êtes donc allée au Japon…

Là-bas, beaucoup d’artistes travaillent dans la robotique. Je suis tombée sur Maywa Denki et leurs machines à la fois sophistiquées, jolies et poétiques. Je voulais qu’elles jouent en live sur scène. Quand le compositeur a entendu ça au début, il était désespéré. D’autant que ce sont des instruments très limités, avec des sons pas forcément très beaux… C’était une vraie difficulté.

Pourquoi avoir choisi ces petits robots NAO, avec leur allure enfantine?

Ils bougent bien, avec eux, je pouvais quand même faire une chorégraphie, là où d’autres étaient plus lourds et difficiles à gérer. Et ils sont très mignons. C’était important qu’ils le soient pour partager la scène avec les danseurs.

Parce qu’ils font moins peur?

Oui, c’était intéressant pour moi de créer quelque chose qui enlève la peur qu’on a des machines. On pense toujours à elles comme à quelque chose de menaçant. Or, je me suis rendu compte à quel point elles sont imparfaites! Il y avait des soucis tout le temps. Presque tous les jours à Montpellier. Y compris des pannes au milieu du spectacle… Les NAO sont commandés par Wi-Fi, un technicien gère tout ce qui se passe en live, répare un robot en direct s’il ne veut plus danser… On est constamment en train de réagir, donc on voit bien qu’il y a toujours l’homme derrière. Les robots sont complètement dépendants de nous, c’est ce qui est touchant.

Les danseurs n’ont pas eu trop de mal à accueillir leurs nouveaux partenaires?

Ca a été difficile au début car le rythme de travail était très différent. On devait souvent attendre, c’était pénible. Les robots musiciens jouaient trop vite, ils ne respectaient pas le tempo… Les danseurs ont appris à être tout le temps à l’écoute des machines pour savoir quoi faire en cas de problème. Moi aussi, au début, je voulais que tout soit parfait. On se rend compte que c’est impossible.

On en revient à notre dépendance des machines au quotidien…

Oui, quand on a plus de batterie sur notre téléphone, c’est la catastrophe! On va apprendre à vivre avec cette dépendance, on est dans cette transformation et personne ne peut dire à quoi notre vie va ressembler dans dix ans. Mais le spectacle montre qu’on peut avoir des émotions. Le public arrive à croire à ces bonhommes, c’est ce qui est étrange. Il est très surpris parce que ça démystifie. On a moins peur des machines quand on quitte le spectacle. 

En avril dernier, Blanca Li est venue faire danser la rédaction de «20 Minutes»: