Les rivaux vitaux de nos héros

BD Un livre passionnant dresse l'inventaire (non-exhaustif) des plus emblématiques «méchants» de la bande dessinée mondiale...

Olivier Mimran

— 

® Franquin & éd. Dupuis

Que seraient Tintin sans Rastapopoulos, Lucky Luke sans les Dalton, Spirou sans Zorglub ou les Schtroumpfs sans Gargamel? Car les grands héros de la BD auraient-ils vraiment rencontré le succès s'ils n'avaient dû, régulièrement, être confrontés à des ennemis bien malveillants? Ecrit par le journaliste spécialisé Christophe Quillien, le recueil «Méchants, crapules et autres vilains de la bande dessinée» rappelle combien un ennemi héréditaire contribue à donner de la «consistance» à un personnage principal.

«Je t'aime, moi non plus»

«Plus réussi est le méchant, meilleur sera le film», disait Hitchcock. La sentence s'applique aussi en bande dessinée, et les ressorts y sont les mêmes qu'au cinéma: pour être crédible, un méchant doit -d'abord être vraiment malintentionné. Il lui faut ensuite se montrer digne de son rôle, c'est à dire avoir suffisamment «d'armes» à opposer à un héros pour le mettre en péril. Enfin, comme le précise le scénariste belge Jean Van Hamme en exergue du livre, «le bon méchant est celui qu'on aime haïr»; il doit donc, malgré son hostilité, générer un certain «capital sympathie» de la part des lecteurs.

Quand l'éclat nait de l'obscurité


Peu de méchants répondent vraiment à ce cahier des charges. L’auteur a donc recensé les 90 (tout de même!) plus emblématiques et légitimes d’entre eux, parmi lesquels les sus-cités, plus Vampirella, Pat Hibulaire, Magneto, Kriss de Valnor, Thanos, Golgo 13, le jeune Albert d’Yves Chaland, les Rapetou etc. À chaque vilain est consacrée une page –ou davantage, en fonction de sa notoriété- qui dévoile, avec science et parfois humour, son «passif».

Richement illustrée et documentée, cette admirable somme éclaire donc l’aspect le plus «sombre» de la BD. Une obscurité qui permet pourtant à nos héros favoris de briller. Du coup, on se surprend bien, comme le conseille Van Hamme, à «aimer haïr» brutes épaisses et autres peaux de vache qui hantent nos albums de bande dessinée préférés.

«Méchants, crapules et autres vilains de la bande dessinée», de Christophe Quillien – éd. Huginn & Muninn, 39,95€

À chacun son méchant

Le livre est décliné sous quatre couvertures différentes. On peut ainsi, en fonction des ses «affinités», choisir celle avec le Zorglub de Spirou, l'Olrik de Blake et Mortimer, la Kriss de Valnor de Thorgal ou le Joe Dalton de Lucky Luke.