Le shōjo a encore de l’amour à revendre

Joël Métreau

— 

Un personnage de la série shojo Switch Girl!
Un personnage de la série shojo Switch Girl! — SWITCH GIRL!! © 2006 by Natsumi Aida / SHUEISHA Inc.

Le shōjo, genre du manga destiné à un jeune public féminin, ne se parfume pas qu’à l’eau de rose. Les premiers à percer sur le sol français appartiennent à la tendance «magical girl» qui s’est développée dans les années 1990. Ce sont des filles menant une double identité de superhéroïne grâce à des pouvoirs magiques, et dont l’animé «Sailor Moon» fut l’un des chevaux de Troie. 

 

«Puis, on est passés à des histoires sentimentales dans le cadre scolaire, comme Marmalade Boy», rappelle Benoît Huot, responsable éditorial du manga chez Glénat. «Ce sont des séries un peu stéréotypées, rétorque Audrey Maniscalco, contributrice du site Club Shôjo, avec des trames dont les éditeurs suppose que ça va plaire, comme des lycéennes qui tombent amoureuses du beau gosse du lycée.»

« En France, le shōjo a explosé au début des années 2000, avec deux séries locomotives, Fruit Basket et Nana, explique Nicolas Bacqué, chef de produit bédé-manga,à la Fnac. De multiples éditeurs se sont engouffrés, jusqu’à saturer le marché en milieu de décennie.»

Créatures félines et vampires

Du coup, l’offre en France tend à se diversifier pour éviter la lassitude. Grégoire Hellot, responsable éditorial chez Kurowkawa, note aujourd’hui un recul des histoires d’amour classiques. «Ce qui marche le mieux chez nous, ce sont les shojos intégrant une dimension fantastique, comme les romances gothiques.» Et de citer «Secret Service», où une lycéenne partage une maison avec des descendants de créatures surnaturelles. Histoire fantastique aussi avec «Monochrome Animals» (Glénat), où une lycéenne partage sa vie dans l’établissement scolaire avec des créatures félines. Et bien évidemment, la figure du vampire et de l’amour impossible s’est inscrustée dans la série best-seller «Vampire Knight».

Même si le shojo représente un peu moins d’un cinquième des ventes par rapport au reste du manga, pour Christel Hoolans, éditrice chez Kana, «le shōjo possède un lectorat très fidèle, qui va suivre la série jusqu’au bout. D’autant plus qu’au Japon les séries shōjo sont beaucoup plus courtes car diffusées dans des mensuels et pas des hebdos». Leur meilleure vente ? «Sawako», l’histoire d’une jeune femme hypertimide.

Points noirs et épilation

Aujourd’hui, en France une série qui marche peut espérer se vendre à 10.000 exemplaires par tome. Gros succès du moment, il en est un qui s’est écoulé à 600.000 exemplaires et dont le tome 21 va sortir. C’est «Switch Girl ! » (Delcourt), une série qui aborde sur un ton burlesque les problèmes de la jeune fille moderne que sont les points noirs et l’épilation. C’est moins classe, mais plus courant que de rencontrer le prince charmant.

Shōjo vintage

En France viennent de sortir L’Epée de Paros (Isan Manga, 46€), dessinée en 1986 par Yumiko Igarashi, la créatrice de Candy, ainsi qu’une anthologie de Moto Hagio (Glénat, 25,50€), considérée dans les années 1960 comme l’une des mères du shōjo moderne