Yumiko Igarashi, créatrice de «Candy»: «Toutes mes héroïnes sont dynamiques, enjouées et courageuses»

INTERVIEW – Rencontre avec Yumiko Igarashi, à l’occasion de la sortie en France de deux de ses œuvres…

Recueilli par Joël Métreau

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La mangaka Yumiko Igarashi, créatrice de «Candy», en 2013.

La mangaka Yumiko Igarashi, créatrice de «Candy», en 2013. — Isan Manga

A 63 ans, Yumiko Igarashi, a contribué à la reconnaissance du shōjo, manga destiné à public féminin, en France, en dessinant notamment Candy Candy, dont l’anime a connu un succès en France dans les années 1970-1980. Actuellement sort en France sa dernière œuvre Joséphine Impératrice (Pika Editions) et L’Epée de Paros (Isan Manga), une œuvre vintage, publiée au Japon en 1988. Rencontre.

Joséphine Impératrice (Pika Editions), L’Epée de Paros, Madame Bovary, Roméo et Juliette (ces trois derniers édités chez Isan Manga)... Vous êtes attirée par les scénarios imprégnés d’Histoire?

Au Japon, ce style s’appelle la «romance costumée». J’ai toujours aimé dessiner dentelles, rubans et froufrous. Des éléments qu’on retrouve davantage dans les tenues occidentales que japonaises.

Vous vous documentez beaucoup?

Enormément. Je vais acheter des revues sur les tenues de l’époque, je passe pas mal de temps dans les librairies spécialisées sur l’Occident. Quand j’ai commencé à travailler sur Joséphine, c’était l’année où j’étais invitée à la Japan Expo. J’ai donc acheté énormément de livres.

Aviez-vous lu Madame Bovary au lycée? C’est considéré comme un classique en France…

Je ne connaissais pas avant de travailler dessus. L’éditeur m’a contactée pour me commander un manga sur Madame Bovary. Je l’ai lu et ça m’a beaucoup touché. Elle est quand même connue au Japon et le mot bovarysme existe en japonais.

Vous avez déjà été atteinte de bovarysme?

Non, je n’y arrive pas. C’était la première fois que je dessinais une femme qui exprimait si peu ses émotions. J’étais tellement triste pour son mari. J’ai dessiné en me disant qu’il ne fallait pas que je devienne comme elle. Mais ces derniers temps, j’aimerais bien regarder aussi du côté des femmes japonaises.

Vous avez le sentiment d’avoir quelque chose à leur dire?

Quel que que soit leur pays, le point commun de toutes mes héroïnes, c’est qu’elles sont dynamiques, enjouées et courageuses. Le message à mes lectrices, c’est plutôt de fournir des modèles de femmes.

Comment imaginez-vous vos lectrices?

Il y a aussi des hommes qui sont mes lecteurs, surtout quand j’ai dessiné Candy. Parmi ceux de l’époque, notamment ceux de Candy, certains sont devenus infirmiers. Chez mes lecteurs, une majorité cherche leur voie, ce qu’ils ont réellement envie de faire dans la vie.

Trouvez-vous que le statut de la femme au Japon a changé ces dernières décennies?

Pas tant que ça. Le Japon reste une société très masculine, surtout dans le milieu du travail. L’accès à emploi est facilité pour les hommes. Il y a un grand déséquilibre entre hommes et femmes dans la société japonaise. Dans le milieu du manga, c’est plus équilibré. Mais je serais contente qu’il y ait plus d’éditrices.

Certains disent que vous avez inspiré le shōjo. Quel regard portez-vous sur ce genre aujourd’hui?

Le niveau du dessin s’est amélioré, même chez les mangakas qui débutent. Techniquement, une belle évolution donc. Mais au niveau de l’histoire, c’est beaucoup de choses similaires, comme une collégienne avec une histoire d’amour dans le cadre de la vie quotidienne au Japon. Il manque d’histoires qui se passent dans des milieux différents. J’ai envie de leur dire: «Sortez du Japon!» J’aimerais bien que les jeunes mangakas soient plus aventurières.

A quoi travaillez-vous actuellement?

A une œuvre dont l’héroïne sera japonaise. C’est l’histoire d’une jeune fille qui va traverser la période de la Seconde Guerre mondiale avec courage, dynamisme et gaieté.

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