Littérature jeunesse: Les professionnels du secteur inquiets

Stéphane Leblanc

— 

Le 29e Salon du livre jeunesse de Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 26 novembre 2013.
Le 29e Salon du livre jeunesse de Montreuil (Seine-Saint-Denis), le 26 novembre 2013. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Après une décennie de forte hausse des ventes, le secteur résiste encore, mais le baromètre Livres Hebdo / I+C annonce deux baisses successives de 1% aux deuxième et troisième trimestres, annulant une hausse de 2% au premier. Jusqu’ici tout va bien, mais le livre jeunesse qui ne connaît pas la crise, c’est fini.

«Le marché est très tendu», s’inquiète Hélène Wadowski, directrice de Flammarion Jeunesse-Père Castor, dans Livres Hebdo. «Les mises en place ne sont pas bonnes, ajoute-t-elle, certains points de vente prennent les nouveautés en un seul exemplaire. Si les livres n’ont pas de visibilité dès le départ, il ne peut y avoir de réassort. Incapables de se repérer dans les nouveautés, les clients se rabattent sur les licences anciennes.»

La thématique du Salon du livre jeunesse de Montreuil, «héros et héroïnes», tombe à pic. Que rêver de mieux que ces personnages auxquels s’identifient petits et grands pour servir de boussoles à travers le salon? «Le dynamisme est au rendez-vous, assure à 20 Minutes Sylvie Vassalo, la directrice du salon, qui s’apprête «à vivre une très belle édition».

Une saisonnalité rythmée par les fêtes de fin d’année

Si ce salon ouvre traditionnellement ses portes quelques semaines avant les fêtes de fin d’année, ce n’est pas un hasard. Les livres demeurent une valeur sûre pour les cadeaux de fin d’année à destination des enfants.

«C’est un calendrier stratégique pour l’ensemble de la filière du marché du livre et notamment pour les acteurs du livre jeunesse car les mois de novembre et décembre représentent en moyenne plus d’un quart du chiffre d’affaires annuel, 27% précisément, entre 2010 et 2012», relève dans un communiqué Sébastien Rouault, chef de groupe Livre chez GfK Consumer Choices France.

2012, une année exceptionnelle

Malgré la crise qui n’épargne pas le secteur, l’institut GfK insiste sur la croissance continue du secteur depuis plusieurs années. «Le segment jeunesse est, après la littérature générale et avant la bande dessinée/mangas, le deuxième segment le plus important du marché du livre en France, selon une étude de l’institut parue ce mardi. En 2012, porté par une croissance du chiffre d’affaires de 2,3%, soit 579 millions d’euros, et 75,5 millions d’exemplaires vendus, le segment jeunesse a représenté 17% de la valeur totale du marché du livre en France et 24% des quantités écoulées», précise GfK.

L’institut souligne que l’année 2012 a été une année exceptionnelle pour la lecture adolescente avec deux phénomènes majeurs: la série Hunger Games (Pocket Jeunesse) avec trois tomes dont les ventes cumulées ont atteint 585.000 exemplaires, et la série Eragon (Bayard) avec un 4e tome écoulé à 255.000 exemplaires.

Coloriages et jeux, activités pratiques, éveil et petite enfance…

«De telles performances historiques expliquent les tendances négatives à fin octobre 2013 du sous-segment de la lecture (-4% en volume). Le marché est toutefois dynamisé par d’autres catégories comme les coloriages et jeux (+8% en chiffre d’affaires entre janvier et octobre 2013) et les activités pratiques (+3%), dont des thématiques classiques de l’univers jeunesse (princesses, animaux…) côtoient des licences vedettes (Où est Charlie, Hello Kitty, Cars, Violetta) déclinées sous différents formats», note GfK.

Livres Hebdo met de son côté l’accent sur d’autres sous-segments. «L’éveil et la petite enfance se portent bien», constate l’hebdomadaire professionnel. Notamment grâce à l’engouement récent des «livres-sons» et des imagiers, dont certains font preuve d’une belle imagination.