Bande dessinée: Blacksad prend la clef des champs

BD Dans son nouvel album, le félin détective privé s'éloigne enfin de New York. Focus sur un road-movie qui n'a rien d'une promenade bucolique...

Olivier Mimran

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® Juanjo Guarnido, Juan Díaz Canales & éd. Dargaud

Il aura fallu patienter trois ans depuis le dernier volume de Blacksad, l’une des séries les plus populaires du XXIème siècle (plus d’un million d’albums déjà vendus). Le temps pour Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido, son duo d’auteurs espagnols, de renouveler les aventures du héros qui les a rendus célèbres.

Qui a des doutes taille la route

Le cinquième tome des aventures anthropomorphes du matou noir se distingue en effet de ses prédecesseurs sur le fond comme sur la forme. «C’est vrai, c’est un récit à part, comme l’était déjà un peu le précédent», déclare le dessinateur Juanjo Guarnido à 20 Minutes, avant de préciser: «si, dans L’enfer, le silence, Blacksad quittait déjà le New-York des années 1950 pour La Nouvelle-Orléans, il évolue cette fois loin de toute métropole (ndr: En Oklahoma et au Texas), la plupart du temps sur la mythique Route 66». Exit, donc, les investigations dans les bas-fonds et/ou les hautes sphères qui ont fait le succès de la série, et place aux grands espaces! «Attention, ça reste un polar même s’il n’y a pas d’enquête à proprement parler», rectifie Guarnido, «mais on n’a pas l’intention de changer de genre. D’ailleurs, le prochain épisode sera de nouveau un polar urbain, à New-York, dans la pure "tradition Blacksad"».

De solides références culturelles

® Juanjo Guarnido, Juan Diaz Canales & éd. Dargaud
Dans Amarillo, las de voir s’accumuler les coups foireux –et les macchabées-, John Blacksad accepte de convoyer une Cadillac de La Nouvelle-Orléans à Tulsa, Oklahoma. Mais alors qu’il espère un interlude paisible, une mauvaise rencontre fait de sa virée une nouvelle épreuve… Fini de ronronner! La guigne colle décidément aux basques de notre privé préféré, mais c’est évidemment pour notre plus grand plaisir. Surtout que ce road-movie -relativement moins violent que les quatre tomes précédents- a de grosses allures vintage, avec cette atmosphère si particulière de la Route 66, des références à la Beat Generation (deux personnages sont les alter ego de Jack Kerouac et Allen Ginsberg) et au cinéma d’après-guerre (toute une partie de l’album se déroule autour d’un cirque qui évoque le film Sous le plus grand chapiteau du monde, de Cecil B. De Mille).

Tout vient à point à qui sait attendre

Prix de la série au Festival d’Angoulême 2006, Eisner Award du meilleur album étranger 2013 (pour le tome 4, «L’Enfer, le silence»), Blacksad, avec ce nouvel album, n’a pas fini de passionner ses lecteurs. A condition que ceux-ci fassent de preuve de patience, tant le délai entre deux épisodes est conséquent. «Il faudra bien attendre de nouveau trois ans avant la suite», reconnaît Juanjo Guarnido, «Mais je vais vous offrir un scoop: en 2016, ce ne sera pas un mais deux albums qui sortiront de manière très rapprochée! C’est un défi pour nous, mais on doit bien ça aux fans de Blacksad!»

Blacksad t5 «Amarillo», de Juan Diaz Canales & Juanjo Guarnido – éd. Dargaud, 13,99€

Trailer de «Blacksad t5: Amarillo» ® éditions Dargaud

Coups de griffe sur la toile

L’adaptation cinématographique de Blacksad est une véritable Arlésienne: si les droits de la série ont bien été achetés, en 2004, par Thomas Langmann, rien n’a encore été fait en ce sens. Mais après que le réalisateur Alexande Aja eût jeté l’éponge fin 2010, Juanjo Guarnido nous confie que «les choses devraient très vite se débloquer, même si ça échappe à notre contrôle. C’est un projet très complexe et ambitieux, mais j’ai de plus en plus confiance dans le fait de le voir aboutir».