Valerie June, voix singulière aux influences plurielles

Benjamin Chapon

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La chanteuse américaine Valerie June
La chanteuse américaine Valerie June — PIAS

Parmi les découvertes et têtes d’affiches qui se bousculent au festival des inrocks, Valerie June n’est plus franchement l’une et pas encore l’autre. La chanteuse américaine est en tournée internationale depuis bientôt un an et ceux qui ont eu la chance d’assister à l’un de ses concerts ou de poser une oreille sur son album «Pushin’Against A Stone» ont été conquis.

«J’ai passé pas mal de temps à chanter un peu partout, dans les rues, les cafés, raconte Valerie June. Et longtemps ma musique n’a suscité aucun intérêt particulier.»

La musique ou la vie

La gosse de Jackson, dans le Tennessee, qui collait des affiches des spectacles que sont père produisait n’a jamais vraiment pensé faire autre chose que de la musique.

«A un moment, je me suis demandé si je ne devrais pas bosser dans autre chose. C’était l’équivalent d’un suicide parce que la musique est ma vie.»

La clé (noire) du problème

A 31 ans, elle n’est pas une débutante. Avant «Pushin’Against A Stone», elle a sorti trois albums autoproduits. Puis, Dan Auerback a entendu parler d’elle. Le chanteur de The Black Keys est l’un de ces producteurs qui transforme en or toute la musique qu’il touche.

«Il m’a aidée à franchir un cap dans l’écriture. Il m’a dit avoir plus confiance dans mes mélodies et qu’il n’était pas nécessaire de trop les habiller.»

On dirait le Sud

Sa musique vitale, Valerie June l’a créée entre Memphis, la ville où elle a grandi, puis à Brooklyn, où elle a emménagé plus récemment. «Je me sens bien partout où il y a de la musique. Je n’ai pas besoin d’être absolument dans le Sud des Etats-Unis.»

Du folk au blues ou à la soul, Valerie June puise son inspiration dans le lourd bagage des musiques traditionnelles américaines.

Musiques de contrebande

«J’aime les musiques… illégales. Celles qui ne demandent pas poliment le droit d’exister. Ces musiques de contrebandiers. J’ai beaucoup de respect pour le folk, le honky-tonk, le rock’n’roll… Mais quand je me les approprie, je ne les traite pas avec respect. Je les bouscule, je les maltraite. Elles doivent coller à ma personnalité, pas l’inverse

Aujourd’hui en tournée au long cours, Valerie June se réjouit parfois que le public européen ait une écoute plus «instinctive» de sa musique.

Entre gris clair et gris foncé

«Quand je chante un morceau country, moi, une jeune femme noire du Tennessee, ça a un écho dans l’esprit de certaines personnes aux Etats-Unis. Quand je mêle un bluegrass typiquement blanc et la soul la plus noire, ça dit quelque chose aux gens qui ont connu ou connaissent encore le racisme.»

Aujourd’hui, Valerie June ne compose plus. «J’ai des dizaines et des dizaines de chansons en stock. De quoi faire des albums jusqu’à la fin de ma carrière. Mais j’entends encore des voix, elles se chevauchent dans ma tête. C’est pour ça qu’il y a souvent plusieurs lignes mélodiques dans mes chansons.»

Les voix impénétrables

Aussi savante et référencée soit-elle, la musique de Valerie June est immédiatement séduisante, captivante. La chanteuse acquise au compliment sans pouvoir se l’expliquer.

«Il paraît qu’en français, le mot «voix» se prononce et s’écrit pareil au singulier et au pluriel? Je trouve ça formidable.»