La guerre de 14, une source d’inspiration depuis un siècle

LITTERATURE Le roman de Pierre Lemaitre s'inscrit dans une véritable tradition littéraire, celle des romans ayant pour toile de fond la Grande guerre...

David Blanchard

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Le terme poilu, immortalisé par la Grande guerre durant laquelle il devint rapidement le surnom donné aux 8,5 millions de soldats français, est apparu bien avant 1914, selon l'Historial de la Grande guerre de Péronne (Somme).
Le terme poilu, immortalisé par la Grande guerre durant laquelle il devint rapidement le surnom donné aux 8,5 millions de soldats français, est apparu bien avant 1914, selon l'Historial de la Grande guerre de Péronne (Somme). — AFP/archives

Si la Grande guerre a inspiré nombre d’auteurs contemporains, de Marc Dugain (La Chambre des officiers) à William Boyd (L’Attente de l’aube) en passant par Jean Echenoz (14) ou Jean Rouaud (Les Champs d’honneur), ce thème a surtout constitué le terreau littéraire des anciens combattants.

Dès 1916, le prix Goncourt récompense un roman sur le sujet. Henri Barbusse raconte ses souvenirs dans Le Feu. L’écrivain est déjà âgé de 41 ans. Il est engagé volontaire, et blessé en 1916. Le style, très argotique, a vieilli, mais traduit la langue de ces hommes issus de milieux sociaux très différents, et voués à souffrir sous le feu ennemi. On est loin de la vision d'Epinal souvent évoquée dans les journaux à la même époque.

Trois ans plus tard, un autre immense roman sur le sujet est publié : Les Croix de bois, de Roland Dorgelès, qui obtient le prix Femina et n’est devancé que par Proust pour le Goncourt. Là encore, il fait partager le quotidien de ces soldats, leurs souffrances, les missions en première ligne ou le retour en seconde, pour quelques heures de repos.

Des chefs d'œuvre en Allemagne

Côté allemand aussi, elle inspire des chefs d’œuvre. En 1920, Ernst Jünger publie Orages d’acier, qu’il dédicace aux combattants allemands et français. Lui aussi engagé volontaire, Jünger raconte sa fascination pour les combats.

En 1929 paraît A l’Ouest rien de nouveau, d'Enrich Maria Remarque, un best seller mondial. Remarque porte un regard très critique sur le nationalisme inculqué par l’Allemagne à sa population. Il décrit la vérité crue des tranchées dans toute son horreur. Il devra fuir son pays à l'arrivée au pouvoir des nazis.

De nombreuses autres légendes littéraires ont raconté leur expérience du front : Céline (Voyage au bout de la nuit), Drieu la Rochelle (La Comédie de Charleroi), Hemingway (L’Adieu aux armes)… Impossible de les citer tous.

Enfin, certains d’entre eux n’ont eu le temps de raconter leur guerre. Peguy ou Alain-Fournier, pour ne parler que des plus illustres, y ont laissé leurs vies, comme tant d’autres anonymes.