En couronnant Pierre Lemaitre, l’Académie Goncourt redonne ses lettres de noblesse au polar

Anaëlle Grondin

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Paris, le novembre 2013 - Restaurant Drouant
Pierre Lemaitre, lauréat du prix Goncourt 2013 pour son roman "Au revoir là-haut"
Paris, le novembre 2013 - Restaurant Drouant Pierre Lemaitre, lauréat du prix Goncourt 2013 pour son roman "Au revoir là-haut" — A. Gelebart / 20 Minutes

Lauréat du prestigieux prix Goncourt pour son livre Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre jubile ce lundi. Il y a un mois encore, ce grand nom du polar français confiait à 20 Minutes qu’il rêvait de cette récompense, mais qu’il n’y croyait pas une seule seconde: «Je viens d’un genre qui n’est pas considéré comme un genre noble. Est-ce que vous avez déjà vu un polar couronné par le prix Goncourt? Jamais.»

Avec son dernier livre, qui raconte le sort de deux rescapés abîmés de la Grande Guerre, l’écrivain a changé de cap en signant un roman «classique», mais avoue ne pas avoir «totalement délaissé le polar». «On y retrouve les ingrédients dans le style et la construction», avait-il concédé lorsque nous l’avions rencontré début octobre. Un coup de maître qui a conquis les libraires et les critiques et fait aujourd’hui le succès du livre.

L’Académie Goncourt a couronné «un savoir-faire qui vient du polar» 

Si Pierre Lemaitre est «le plus heureux des hommes» aujourd’hui, ce n’est pas seulement parce que son travail est récompensé. Pour l’auteur de 62 ans, c’est le polar et le roman populaire qui sont sacrés: «Ce que l'Académie Goncourt a bien voulu couronner, c'est un savoir-faire qui vient du polar, du roman populaire, et c'est une bonne nouvelle pour la littérature populaire». Il l’a toujours revendiqué: «Au revoir là-haut, c’est de la littérature populaire.» Entendez par là «écrit pour être lu par le plus grand nombre». 

Caroline Masson, libraire de Terminus Polar, ne cache pas sa surprise lorsque l’on évoque le lauréat. «C’est très étonnant. Cela donne un côté sérieux au polar, alors que les gens n’ont pas souvent cette image-là du genre», nous confie-t-elle ce lundi, ravie.

«Un sous-genre mal considéré»  

Marc Fernandez, journaliste et spécialiste du polar, est «super content». Sa première réaction lorsqu’il a su que Pierre Lemaitre avait reçu le Goncourt? «Bon OK, ce n’est pas un polar pour lequel il a eu le prix, mais peut-être que ça va redonner ses lettres de noblesse au polar.»

Pour Marc Fernandez, «même si un livre sur quatre vendu est un polar, on a quand même l’impression que ça reste un sous-genre mal considéré». Lui aussi était étonné de voir l’auteur, dont il admire le style et le travail, dans la liste des quatre finalistes en lice pour le prix tant convoité. «Je ne pensais pas qu’il l’aurait à cause de son image de "polardeux" (ce n’est pas péjoratif). C’est une bonne nouvelle pour le genre!» Le passionné de romans noirs regrette toutefois qu’un «vrai polar» n’ait jamais été sacré par l’Académie Goncourt: «On en est loin. Ce jour-là marquera un vrai tournant à mon avis».