Près de 1.500 tableaux de maîtres confisqués par les nazis découverts à Munich

A.L avec AFP

— 

Hitler inspectant des tableaux, photo d'ouverture du dossier du magazine Focus sur les 1.500 tableaux spoliés et retrouvées par les autorités allemandes en  2011. 
Hitler inspectant des tableaux, photo d'ouverture du dossier du magazine Focus sur les 1.500 tableaux spoliés et retrouvées par les autorités allemandes en  2011.  — Capture du site FOCUS.DE

Comment les œuvres ont-elles été découvertes?
Au printemps 2011, les douaniers perquisitionnent l’appartement de Cornelius Gurlitt, un octogénaire qu’ils avaient contrôlé en septembre 2010 dans un train reliant la Suisse à l’Allemagne, avec une importante somme en liquide dans une enveloppe - 9.000 euros, selon Focus. Dans son appartement munichois, ils découvrent, au milieu d’ordre et boîtes de conserve périmées, parfois depuis près de 30 ans – Il serait atteint de syllogomanie, trouble obsessionnel qui pousse à une accumulation compulsive d'objets divers - près de 1.500 dessins et tableaux, dont la plupart étaient considérés comme perdus à jamais. «Les conditions climatiques (de stockage) étaient une catastrophe pour les œuvres d'art», mais les œuvres n’ont «pas été gravement endommagées», a raconté lundi à l'AFP un témoin de la découverte ayant requis l'anonymat.

Que faisaient-elles chez Cornelius Gurlitt?
Selon les premiers éléments de l'enquête, Cornelius Gurlitt vivait depuis des décennies sans existence légale en Allemagne et sans travail. Il subvenait à ses besoins grâce à la vente occasionnelle d'œuvres amassées dans son appartement à des galeristes peu regardantes sur l'origine. Gurlitt a hérité ces œuvres de son père, Hildebrand Gurlitt, collectionneur d'art mort en 1956 dans un accident de voiture. Menacé dans un premier temps, notamment parce qu'il avait une grand-mère juive, Hildebrand Gurlitt s'était rendu indispensable au régime hitlérien en écoulant à l'étranger des œuvres volées ou saisies. Une part importante des œuvres retrouvées proviendrait donc de la spoliation de juifs, dont les collections d'art ont été saisies ou achetées à très bas prix. Selon Focus, au moins 300 œuvres font partie de la liste des œuvres saisies par les nazis car appartenant à l'« art dégénéré»  (les artistes honnis par le régime nazi, ndlr) et au moins 200 d'entre elles font l'objet de demandes officielles de recherche.

Pourquoi l’existence de ce trésor est-elle restée secrète?
Les autorités ont admis travailler depuis «des mois» sur cette affaire, mais observaient un mutisme presque complet, renvoyant au parquet de la ville bavaroise d'Augsbourg, qui a annoncé une conférence de presse pour mardi.
Le gouvernement allemand  explique avoir aidé les enquêteurs «en fournissant des experts sur les questions de l''art dégénéré' et des œuvres d'art volées par les nazis». Il a affirmé tout ignorer d'éventuelles demandes de restitution.

Quelle est la valeur des œuvres découvertes ?
«
Je pense que c'est la plus grande découverte de tableaux volés dans le cadre de l'Holocauste depuis des années», a déclaré dans un entretien avec l'AFP Julian Radcliffe, président du Registre des oeuvres d'art perdues, dont le siège est à Londres. Julian Radcliffe ne semblait pas néanmoins disposer d'une liste des œuvres concernées. Focus a estimé que la valeur totale des 1.500 dessins, croquis et tableaux dépasserait le milliard d'euros, mais une experte travaillant sur l'affaire et jointe par l'AFP a jugé impossible toute évaluation