L'hommage d'Alan Moore à H. P. Lovecraft

COMICS Le génie de la BD britannique s'inspire de l'oeuvre du génie du roman fantastique américain...

Olivier Mimran

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® Alan Moore, Jacen Burrows & éd. Urban Comics

Voilà des années que le créateur des cultissimes Watchmen et V pour Vendetta clamait son admiration pour l’œuvre d’H. P. Lovecraft.  Rien de plus normal, donc, que «Le magicien de Northampton» finisse par s’en inspirer dans l’un de ses albums. Mais alors qu’on était en droit, auteurs exceptionnels obligent, d’en attendre un pur chef d’œuvre, Neonomicon (en référence au Necronomicon, un livre fictif inventé par Lovecraft et réutilisé par de nombreux écrivains fantastiques) laisse perplexe.

Une orientation un peu malsaine

On y suit l’enquête de deux agents fédéraux chargés de reprendre celle d’un collègue désormais interné (on lui impute deux crimes sordides). Leur infiltration dans un cercle de prosélytes s’adonnant à d’étranges rites sexuels les conduira à d’effrayantes -et fatales- rencontres… En transposant le panthéon Lovecraftien (Cthulhu, Dagon, Nyarlathotep sont évoqués ou présents) à notre époque, Alan Moore rappelle combien il reste moderne. Mais à trop insister sur les côtés gore et sexuel de son intrigue, il accouche d’un récit certes intelligent (et très érudit) mais… extrêmement dérangeant. Nul doute que l’ambigu auteur s’en délecte, lui qui a déclaré : «c’est une des œuvres les plus sombres et misanthropes que j’ai jamais réalisées. J’étais de très mauvaise humeur». À ne pas mettre entre toutes les mains, donc.

Neonomicon d'Alan Moore & Jacen Burrows - éd. Urban Comis, 17.50€

Censuré dans une bibliothèque

«Néonomicon» a été retiré des rayonnages de la bibliothèque de Greenville (USA) après que la mère d'une ado de 14 ans, qui avait emprunté le livre et en était ressortie choquée, eut porté plainte. L'album n'a toujours pas été réintégré malgré de nombreux et prestigieux soutiens.