Rentrée littéraire: Des romans «made in USA»

Florence Floux, Anaëlle Grondin et Stéphane Leblanc

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Le désert de Mojave à l'Ouest des Etats-Unis.
Le désert de Mojave à l'Ouest des Etats-Unis. — MARNEF PAUL/ISOPIX/SIPA

Elles ont élargi l’horizon, fait reculer les frontières et voyager leurs lecteurs. Ces quatre romancières françaises situent l’action de leurs romans en Amérique, du grand nord canadien à la Louisiane, de la côte est au Far West, jusqu’à la Californie. L’occasion, pour elles, de s’emparer des grands mythes: leurs mots fusent sur le papier et des images mentales les accompagnent. 20Minutes a sélectionné ces quatre romans qui, chacun à sa façon, oscillent entre une vision fantasmée des Etats-Unis et la réalité de ce pays. Et comptent parmi les plus intenses et les plus passionnants de cet automne littéraire...

Les faibles et les forts, de Judith Perrignon  (Stock)

On dirait le Sud. Le 2 août 2010, en Louisiane, six jeunes afro-américains se noient dans une rivière. Un fait divers qui inspire à Judith Perrignon une plongée dans le sud des Etats-Unis, au sein d’une famille bientôt décimée. Et un parallèle avec l’enfance de la grand-mère, pendant la ségrégation. Rien ne prédestinait cette ex-journaliste de Libération à s’intéresser au Sud, si ce n’est son côté touche-à-tout. Et si l’endroit y est bien décrit, le parti pris du livre se montre un peu radical. Le Sud reste tel qu’on l’a toujours imaginé: une terre de racisme qui continue de tuer.

Faillir être flingué, de Céline Minard (Rivages)

Les prairies vierges du far west, un buisson qui roule poussé par le vent, des cowboys, des Indiens, des règlements de compte dans un saloon... Dans ce western, genre pourtant passé de mode en littérature, Céline Minard revisite tout le mythe de l’Ouest américain en racontant le destin de pionniers du Nouveau Monde. L’auteur n’a pourtant jamais mis les pieds aux Etats-Unis. Après une épopée post-apocalyptique, une fable baroque ou un livre de romance fantasy, elle cherchait simplement de nouveaux espaces à explorer. Sa manière de faire est épique, à la fois poétique et virtuose.

Il faut beaucoup aimer les hommes, de Marie Darrieussecq (P.O.L.)

Hollywood, ses mythes et la réalité, comme cette romance entre un acteur Noir et une actrice Blanche. Plus qu’à cet amour, un peu cliché, l’auteure de Truisme s’intéresse au désir, à l’attente qu’il suscite, à l’obsession de cette attente et à la solitude qui s’y rapporte. La différence pimente le récit, mais la langue est belle et fluide, comme celle de Marguerite Duras à qui le titre est emprunté: «Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela ce n'est pas possible, on ne peut pas les supporter», écrivait Duras dans une citation au début du livre.

La grâce des brigands, de Véronique Ovaldé (L’Olivier)

Encore une héroïne en quête d’émancipation féminine. Véronique Ovaldé l’a cette fois appelée Maria Cristina, l’a fait fuir à 16 ans le grand Nord Canadien, un père taciturne, une mère bigote et une sœur jalouse, afin d’assouvir sa passion de l’écriture et ses rêves libertaires sur la côte californienne. Un roman autobiographique l'aurait brouillée avec sa famille ; l’héroïne va pourtant revenir sur les lieux de son enfance, arpenter le terrain de sa culpabilité, recourant volontiers à la fable ou au conte de fées pour orchestrer ces retrouvailles et faire coïncider les pièces manquantes au puzzle de sa vie.