Art contemporain: Qui sont les acheteurs millionnaires de la Fiac?

Benjamin Chapon

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La Fiac de Paris, le 23 octobre 2013.
La Fiac de Paris, le 23 octobre 2013. — A. Gelebart / 20 Minutes

Le public, à partir de jeudi et jusqu’à dimanche, ne les croisera. Eux, ce sont les acheteurs d’art contemporain. La Fiac leur réservé une journée entière, ce mercredi, à la veille de l’ouverture officielle. Par conséquent, les visiteurs qui payent leur entrée (35 euros) ne verront quasiment que des œuvres déjà vendues. Un privilège. Dès lundi, celles-ci partiront dans des collections privées. 

Achetant cachés pour acheter heureux, les richissimes collectionneurs se confient peu à la presse. Trois d’entre eux ont pourtant accepté de nous livrer leurs méthodes et leurs motivations pour acheter des œuvres dont le montant dépasse régulièrement les 100.000 euros.
 

Sergei Eleoussizov cherche le «made in France» 

«A la Fiac, on vient acheter français, s’exclame ce collectionneur d’art kazakh. C’est comme pour le vin, les meilleures affaires se font dans les ventes internationales mais il y a toujours le plaisir d’acheter le produit là où il a été produit.»
 
«Le cadre compte plus que ne voudront bien l’admettre la plupart des acheteurs. Bien sûr, le système de taxes français est un frein mais quand on a passé une journée à Paris, qu’on a visité ses musées, mangé dans un de ses restaurants et dormi dans un de ses palaces, on se sent bien, croyez moi. Et un acheteur d’art qui se sent bien est plus réceptif, plus enclin à s’émouvoir devant une œuvre. Après, on peut toujours marchander, même le ventre plein.»
 
Cette année, à la Fiac, il a dépensé «plusieurs millions, parce que [il a] raté la Frieze de Londres».
 

Andrew G. surveille la cote 

«Le confort d’une foire comme la Fiac est l’excellence des œuvres présentées, estime cecollectionneur américain. Aucune galerie ne prendrait le risque de présenter un artiste qui n’a pas une cote déjà installée ou une cote très ascendante.»
 
«Bien sûr, le coup de cœur compte mais on parle de sommes très importantes. Même ceux qui achètent des œuvres pour décorer leurs maisons pensent à la valeur que cette œuvre va prendre. Tout le monde pense à la cote de l’artiste. Que ce soit pour faire une plus-value à la revente ou pour épater ses amis. Il n’y a aucun mal à ça. Quand quelqu’un achète des verres en cristal plutôt que des gobelets plastiques, c’est la même chose.»
 
Cette année, il a dépensé «un peu moins d’un million pour l’instant». «Mais j’ai un achat en option qui pourrait doubler mon budget…»
 

Monsieur X fait monter les prix 

«C’est intéressant de voir l’actualité des galeries, comment évoluent leurs artistes, même si on ne leur achète rien, explique ce conseiller d’un collectionneur franco-allemand. Une œuvre d’art contemporain a ceci de particulier qu’elle s’inscrit dans un contexte vivant. Une œuvre d’art ancien ou d’art moderne s’apprécie à l’aune de l’histoire de l’art, qui est presque une science exacte. L’art contemporain s’évalue par rapport à l’état d’esprit du monde dans lequel on vit. Est-ce ce thème me touche aujourd’hui? Me touchera-t-il demain?»
 
«Mon client se soucie assez peu de la cote des artistes qu’il achète parce qu’il a la puissance pour lui-même faire monter une cote. Quand un collectionneur influent s’attarde près d’une œuvre ne serait-ce que trois minutes à la Fiac, sa valeur double instantanément.»
 
Cette année, il a dépensé «plusieurs millions» en option pour son client, qui doit encore «valider ces achats.»