Frédéric Mitterrand: «Sarkozy est plus agréable à vivre qu’on ne le dit»

Joel Metreau

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Frédéric Mitterrand et Nicolas Sarkozy, au Palais de Tokyo, à Paris, le 11 avril 2012.
Frédéric Mitterrand et Nicolas Sarkozy, au Palais de Tokyo, à Paris, le 11 avril 2012. — LUDOVIC-POOL/SIPA

Frédéric Mitterrand a été ministre de la Culture de juin 2009 à mai 2012. Dans La Récréation (Robert Laffont, 24 euros), il raconte, jour par jour, son mandat, avec la liberté de ton qui le caractérise.

Seconde partie de l’interview sur ses rapports avec les politiques.

La première partie sur l’exercice du pouvoir est à lire ici.

Nicolas Sarkozy était-il directif avec vous?

Il est comme il est, intervenant sur tout. Mais si vous croyez que François Hollande n’est pas intervenant avec Filippetti? Tous les présidents le sont avec leurs ministres de la culture. C’est leur jardin secret. Mais au fond, il me laissait très libre. Sur 50 nominations, il y en a 49 que j’ai faites. Il ya une fois où j’ai raté, c’était Olivier Py à l’Odéon. C’est une erreur. C’était très bien de nommer Luc Bondy, mais idiot de virer Py. Le paradoxe, c’est que ça l’a libéré. Maintenant il est partout et en plus il a l’aura du martyr.

Dans votre livre, vous faites aussi part d’anecdotes amusantes en Conseil des ministres…

Les politiques sont à la fois complètement coupés de la réalité et des êtres humains comme les autres. Je voulais pointer cette espèce de schizophrénie. Les conseils des ministres, c’est à la fois sérieux et ludique. Je ne suis pas sûr qu’on s’y amuse autant aujourd’hui. Sarkozy fait un peu peur. La camaraderie n’est jamais aussi forte que quand on a peur du prof.

Parmi vos camarades, vous découvrez notamment Valérie Pécresse… 

Une femme très bien, vraiment sérieuse, réglo, quelqu’un de fiable. Bon, Il y a Roselyne Bachelot avec qui on était très copains. Xavier Bertrand, que j’ai trouvé sérieux, de qualité.

Certains que vous n’aimiez pas trop ?

Ah bah je préfère ne pas en parler. Mais je déteste le Morano bashing. Les gens ne supportent pas Nadine Morano parce qu’elle vient d’un milieu très populaire et qu’elle est de droite. Et je la trouve assez sympathique.

Sarkozy, finalement, vous le décrivez peu. A son sujet, vous écrivez «Le président»…

Oui, je ne voulais pas m’installer dans une familiarité avec lui. Ce n’était pas ce qu’il fallait faire. D’ailleurs, je travaillais plus avec Fillon qu’avec lui. Carla, je la connaissais à peine, et je la trouve exquise et charmante. Mais je pense que je décris une image juste de Sarkozy, ça l’humanise en plus. Il est très gentil avec les enfants. Au fond, il est plus agréable à vivre qu’on ne le dit. Mais il est fatigant, ça c’est sûr. Hollande doit être difficile aussi.

Un avec lequel vous n’êtes pas tendre, c’est Copé. Vous racontez un dîner où il s’en prend à Sarkozy et vous lui demandez d’arrêter…

Ah oui, Copé, il faut s’en méfier. Lors de ce dîner, il cherchait à me corrompre en fait, à ce que je rentre dans son jeu. Comme c’était un dîner très parisien, c’est sûr que les dix personnes qui étaient là n’auraient eu de cesse de prendre leur téléphone en disant  «tu sais ce que j’ai entendu»… 

Vous êtes féroce aussi. Vous décrivez Houellebecq comme « physiquement répugnant », l’actrice Faye Dunaway, une femme en «pièces détachées», Lech Kaczynski, le président polonais mort dans un accident d’avion comme un «imbécile»…

Ah oui c’est un fieffé imbécile. Je suis sûr qu’il est la cause de la mort de tout le monde, comme dans le film Noblesse Oblige. J’avais dîné avec lui deux ans auparavant. Il était méchant et inculte, complètement con. Parfois on rencontre des sales types, comme le président du Pakistan, il ne pensait qu’à faire ses courses.

Et Bachar el-Assad, que vous rencontrez?

Il était connu pour être sympathique. Mais j’écris que je sais très bien ce qu’est le régime syrien. C’est l’histoire du Parrain, Al Pacino qui ne veut pas succéder à son père et puis finalement, quand il accepte, il devient pire que tous les autres.

Pendant votre mandat, ont lieu les révoltes en Tunisie, un pays auquel vous êtes très attaché. Ça se ressent dans votre livre.

Je suis «tunisifié», c’est normal. Mais je ne pouvais pas faire plus. Cela dit, j’ai un peu dit une connerie quand j’ai dit que ce n’était pas une «dictature univoque». En même temps, c’est vrai, ce n’est pas Bachar el-Assad, Kadhafi, ou Hussein. Il n’a pas tué, il a volé.

Et les vacances en Tunisie de Michèle Alliot-Marie?

Elle n’a pas évalué à quel point elle se mettait en danger. J’ai trouvé injuste la manière dont tout le monde lui est tombé dessus. Voilà pourtant quelqu’un qui est très réglo. Elle a été imprudente de nier l’évidence. Elle aurait mieux fait de dire: «Oui, j’ai pris un avion pour mes parents de 90 ans pour aller dans le sud». Il ne faut jamais mentir.

Vous n’avez jamais menti pendant l’exercice de votre mandat?

Non.

Et par omission?

Ça n’est pas pareil. Il n’y a des choses qu’on ne dit pas. Et si on ne vous pose pas la question…

La campagne de 2012, vous en parlez finalement assez peu…

Oui, car je n’étais pas pour. J’avais du mal avec cette campagne très à droite. Mais ce n’est pas un livre politique, c’est un livre qui se passe dans le milieu politique.

Au fond avez-vous été surpris par le milieu politique?

C’est plus violent que je ne le pensais.

Pourtant, votre livre s’appelle La Récréation.

Oh mais vous savez, les récréations ce n’est pas toujours gai. C’est aussi le moment où les caïds vous cassent la figure. On ne fait pas que s’amuser.