De Piers Faccini à Tindersticks, ces musiciens qui composent au milieu de nulle part

Benjamin Chapon

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Piers Faccini a composé l'album «Between Dogs and Wolves».
Piers Faccini a composé l'album «Between Dogs and Wolves». — MrCup

Piers Faccini dans les Cévennes, Tindersticks dans la Creuse, Le Prince Miiaou en Saintonge, Yann Tiersen sur l’île d’Ouessant… Pour ses artistes, le milieu de nulle part est l’endroit idéal pour composer. Et ils ont de bonnes raisons. 20 Minutes les a rencontré lors de leurs récents passages à Paris (sauf le Prince Miiaou qu’il avait fallu aller débusquer dans le «17»).  

Vivre d’inspiration et d’eau claire

«Dans le premier album, tu grilles toute ton inspiration de l’adolescence. Par la suite, il faut être un peu rusé, puiser l’inspiration de manière différente», explique Piers Faccini, qui vient de sortir un splendide album, Between Wolves and Dogs. C’est pour trouver cette inspiration qu’il s’est installé dans les Cévennes. Sans qu’il ne puisse expliquer pourquoi, il a besoin de vivre au milieu des arbres, d’avoir la vue qui porte au loin pour se sentir bien. «Je n’ai pas l’impression d’avoir fait un choix. J’ai cherché un endroit où on serait bien. Je l’ai trouvé, voilà.»

Yann Tiersen trouve lui une proximité émotive avec l’élément marin. «Sans tomber dans le cliché romantique, la solitude face à l’océan, ça permet aux idées musicales de venir plus vite.»

Même chose avec Le Prince Miiaou qui a eu besoin de revenir là où elle a grandi. «On ne peut pas dire que je m’y sente bien mais je m’y sens moins mal.» Paradoxalement, elle a récemment passé plusieurs mois à New York pour retrouver l’inspiration. Mais elle est revenue composer au milieu des vignes.

 L’espace vitale des guitares et des claviers analogiques

Parce qu’il peint, sculpte et élève ses enfants, Piers Faccini a besoin d‘espace. Les autres artistes installés à la campagne vantent tous l’espace qu’il y ont trouvé. C’est le cas de Stuart Staples, chanteur du groupe Tinderstiks qui a quatre enfants mais surtout «des dizaines de guitares et plusieurs batteries, claviers…»

Le Prince Miiaou a organisé un studio d’enregistrement dans les différentes pièces de sa maison charentaise en pierre de taille. Et Yann Tiersen, collectionneur invétéré de claviers analogiques a transporté les moins fragiles d’entre eux sur son île.

 Le noisy ne supporte pas le bruit

«Quand on quitte Paris ou Londres, la première chose qui marque à la campagne, c’est le silence, note Piers Faccini. Puis très vite, on entend les milliers de nouveaux bruits. Ceux de la nature bien sûr, le vent notamment. Mais surtout ceux d’une activité humaine lointaine. Une voiture au loin, une maman qui appelle ses enfants. On éduque mieux son oreille.»


Split #15.1Piers Faccini - Each Wave + If I par lablogotheque

Stuart Staples a cette même analyse. «On a moins peur du silence depuis qu’on enregistre chez moi dans la Creuse. Quand on était à Londres, on voulait toujours qu’il y ait une profusion de sons.»

Yann Tiersen, lui, a de toute manière besoin de silence pour créer. «C’est à moi d’emplir l’espace sonore. Les accidents, c’est bon pour la scène. Je ne vais pas composer avec le bruit des vagues.»

 Une maison à la campagne = des amis pour la vie

«Je ne suis pas seul, loin de là. J’ai des dizaines d’amis qui viennent me voir ici parce qu’ils aiment être là, explique Piers Faccini. Je ne crois pas qu’il faille vivre dans une capitale pour être au centre de la musique. Mon émotion, ma sensibilité et mes références musicales, je les trimballe avec moi.»

Stuart Staples vante lui les mérites d’un éloignement entre les membres du groupe éparpillés dans toute l’Europe. «Quand on est ensemble, on est vraiment ensemble, du matin au soir. On est très efficaces, très concentrés.»