Moriarty prend des détours sur la route de l’Ouest

Benjamin Chapon

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Le groupe Moriarty sort l'album «The Fugitives».
Le groupe Moriarty sort l'album «The Fugitives». — Zim Moriarty

 Des cactus, des bisons, des indiens et des cow-boys… Les clichés, Moriarty en a soupé. «Aux Victoires de la musique, la production nous avait mis un décor de désert américain, soupire Arthur, guitariste du groupe. Pourtant, on n’a pas l’impression de faire de la country.»

N’empêche, leur tube «Jimmy» a durablement marqué, au fer rouge, Moriarty du sceau de la musique américaine traditionnelle. Avec «Fugitives», Moriarty a décidé de mettre les pieds dans le plat avec un album de reprises de standards et raretés du folk des origines. Celui des Woody Guthrie, Hank Williams et Mississippi John Hurt.

Depeche mode à la sauce barbecue

«Dans le groupe, on a chacun nos influences, raconte Arthur. C’est sûr que certains d’entre nous adorent le vieux folk américain. Mais d’autres ont une culture plus rock, voire new wave. On aime confronter nos cultures musicales parce qu’on s’aime les uns les autres.»


Moriarty - Enjoy the Silence (Depeche Mode cover) par kidamprod

«Il y a quelques temps, on a fait une reprise de «Enjoy The Silence» de Depeche Mode. Je n’avais jamais entendu la chanson et j’en ai fait l’arrangement à partir des tablatures. Ça donne une version bien à nous de la chanson.»

Le folk cajun à la sauce indienne

Pour «Fugitives», le groupe a procédé dans l’autre sens, les érudits folks du groupe, dont la chanteuse Rosemary Standley, ont apporté des titres folk et Stéphane et Charles, les membres les moins au fait de la culture folk, se sont chargés des arrangements. «On leur a donné les accords et ils ont fait le reste.» 

Moriarty a aussi voyagé avec ses chansons. Sur le plan métaphorique, en y ajoutant des rythmes et des guitares africaines. Et au sens propre en allant enregistrer un titre en Inde avec un orchestre de Bollywood. «On a loué un studio et des musiciens traditionnels pour interpréter une chanson en français cajun, «Belle». On aime ça, convoquer d’autres univers pour enrichir le nôtre.»

La country à la sauce arachide

Egalement invité sur l’album, Moriba Koïta s’est fondu sans effort dans la chanson «Ramblin’ Man». «On lui a joué deux ou trois mesures de la chanson et il a tout de suite compris, raconte Arthur. Il a dit: «Ah oui, je vois ce que c’est.» Mais il a joué un truc complètement différent. Mais génial. Il y a une variété monumentales d’harmonies dans la musique africaine.» 

En redécouvrant à leur manière le folklore musical américain, Moriarty révèle l’étendu de ses influences et de ses talents sans tomber dans le patchwork musical. «Il y a une unité: toutes ces chansons racontent des histoires, assez tristes d’ailleurs. Mais ce sont quand même des chansons à boire la plupart du temps… Nous, on a essayé d’y mettre un côté sombre.»