Benjamin Clementine, le chanteur soul sorti du métro

Benjamin Chapon

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Le chanteur soul folk Benjamin Clementine
Le chanteur soul folk Benjamin Clementine — Micky Clement

Son histoire, il n’a pas fini de la répéter. «Oui, j’ai joué dans le métro, j’ai vécu dans la rue, raconte Benjamin Clementine sans une once de lassitude dans la voix. Je suis passé par des moments difficiles alors, non, ça ne me dérange pas de répondre à des interviews, confortablement installé dans un hôtel…»

Le chanteur anglais d’origine ghanéenne a été repéré alors qu’il chantait ses compositions soul folk déchirantes entre deux annonces «…des pickpockets peuvent agir dans cette station...» Après un EP de quelques titres, il prépare un album pour 2014. Egalement lauréat du Fair, dispositif d’aide au lancement de carrières, il sera aux prochaines Transmusicales de Rennes.

Hello Paris !

«Je n’ai pas l’impression de vivre un conte de fées parce que la fin ne m’intéresse pas. Seul le chemin est beau.» Le sien débute à Londres où il née dans une famille aisée il y a un peu plus de vingt ans.

Benjamin Clementine reste pudique sur les raisons qui l’ont poussé à quitter Londres. «Je ne me sentais pas à ma place.» Après un aller simple pour Paris, il débarque sans parler un mot de français (il n’a pas beaucoup progressé depuis…) et aucun contact sur place.

«Ce n’est pas très intéressant de parler avec moi»

«Je ne recherchais pas la solitude, et Paris ne m’intéressait pas vraiment. Je voulais juste être ailleurs.» Des amis, il ne s’en est pas fait beaucoup depuis deux ans. «Comme je dois être très concentré sur mes émotions quand je compose, je suis dans une phase égocentrique. Ce n’est pas très intéressant de parler avec moi.»

Avec aujourd’hui 200 chansons à son répertoire, il lui reste à en choisir une dizaine pour l’album qu’il prépare pour le label Behind.

Dernier métro pour la gloire

«C’est terrible de ressentir la pression de ce que les gens attendent de vous sans qu’ils ne le formulent. Je l’ai ressenti dans ma famille et je commence à le ressentir en musique.»

Heureusement, la nature craintive de Benjamin Clementine quand il s’agit de sa musique a été adoucie par Lionel Bensemoun et Matthieu Gazier, fondateurs du label Behind.

«J’accordais ma confiance difficilement mais vivre dans la rue m’a changé. J’ai rencontré beaucoup de gens gentils. Des parisiens m’ont invité chez eux. D’autres ont empêché des policiers de m’arrêter quand je chantais dans le métro.»

Sa voix dans le bon wagon

«Dans le métro, j’ai découvert mes capacités vocales et théâtrales. Dans les wagons, je n’avais pas de micro alors je devais chanter fort. Et quand j’étais dans les couloirs, je devais saisir l’attention des passants avec mon attitude, ma présence.»

Il résulte de ces expériences que Benjamin Clementine, avec peu de concerts à son actif, est déjà un phénomène sur scène. Aux dernières Francofolies de La Rochelle, il a bluffé tout le monde par son charisme et sa voix sombres. On attend la suite avec impatience.