Le Corbusier ne met pas d’eau dans son pastis

ARCHITECTE Une exposition et un centre d’art rendent hommage à l’artiste qui réinventa l’architecture

Benjamin Chapon

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Vue du toit-terrasse de la Cité radieuse, à Marseille.
Vue du toit-terrasse de la Cité radieuse, à Marseille. — P. MAGNIEN / 20 MINUTES

 Marseille réhabilite doublement son «fada». L’exposition «Le Corbusier et le brutalisme», terme que réfutait pourtant le célèbre architecte (1887-1965), ouvre au J1 et sera l’un des derniers temps forts de la programmation de la Capitale européenne de la culture 2013. Plus loin dans les terres, le designer Ora-ïto a racheté et transformé en centre d’art le toit terrasse de la Cité radieuse, appelle «unité d’habitation» en son temps et bâtiment-manifeste de l’œuvre de Le Corbusier. 

Si l’exposition imaginée par l’architecte Jacques Sbriglio dévoile un «Corbu» méconnu, «brutaliste romantique qui, après guerre, ne parle plus que d’art et de poésie et plus du tout de théorie de l’architecture», le centre d’art Mamo (pour Marseille Modulor) d’Ora-ïto permet de redécouvrir le chef d’œuvre de Le Corbusier, la maison du fada comme on l’appelle à Marseille.

« Je l’ai acheté sans savoir ce que j’allais en faire, raconte le jeune designer qui avoue s’être ruiné en travaux de restauration. J’ai pensé en refaire un gymnase mais depuis la construction de la cité radieuse, la ville a grandi et il y a maintenant les équipements sportifs à proximité, les habitants n’ont pas besoin d’une salle de sport supplémentaire. En revanche, il n’y avait pas de centre d’art… »

Théoricien de l’architecture à une époque, Le Corbusier a ensuite été un constructeur pragmatique «qui réfléchissait aux modes de vie, à l’intérieur de ses bâtiments », rappelle Jacques Sbriglio. Voilà pourquoi la fondation Le Corbusier n’incite pas à construire ou reconstruire des projets de Le Corbusier qui n’ont pas vu le jour. Et dont certains, présentés dans l’exposition, font pourtant rêver, ou frémir.

«Il faut le juger sur ce qu’il a réalisé, explique Claude Prelorenzo, secrétaire général de la Fondation Le Corbusier. Si des gens veulent lui rendre hommage, qu’ils fassent appel à de jeunes architectes audacieux pour leurs projets, c’est ça la fidélité à l’esprit de Le Corbusier.»

 Critiquée, conspuée, honnie en son temps et aujourd’hui encore, la Cité radieuse de Le Corbusier n’en est pas moins «une icône mondiale de l’architecture, selon Jacques Sbriglio. On a critiqué Le Corbusier parce qu’il voulait régir la vie des gens qui habiteraient dans l’unité d’habitation. C’est vrai qu’il avait pensé à tout et dessiner les meubles. Mais il n’imaginait pas que les gens puissent vivre toute leur vie là. Il prônait un certain nomadisme.»