«Silo», roman grand public de science-fiction et phénomène d’édition

Joel Metreau

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Hugh Howey, écrivain américain, auteur de Silo, à Paris, le 14 octobre 2013.
Hugh Howey, écrivain américain, auteur de Silo, à Paris, le 14 octobre 2013. — V. Wartner / 20 Minutes

Hugh Howey a jeté des romans sur Internet comme des bouteilles à la mer. Quoi de plus évident pour un ancien capitaine de yacht qui a sillonné les océans pendant près de dix ans. Après avoir été réparateur d’ordinateur, il plaque tout pour s’acheter un voilier et entame des périples en mer. «Je vivais comme un vagabond, j’allais d’île en île. Parfois je vendais du poisson pour vivre, je faisais des petits boulots. Puis j’écrivais des lettres à mes proches sur ce qui m’était arrivé, des aventures ou des expériences horribles. On me disait, "Mais fais-en des livres !"», se souvient l’auteur américain de 38 ans. Alors il a commencé à publier à son propre compte, sur le Web, et a trouvé ses lecteurs. Une communauté qu’il chérit désormais à travers tous les réseaux sociaux : Twitter, YouTube, son blog...

«Ce monde donne l’impression d’être dangereux»

«Silo», la trilogie qui l’a rendu célèbre, n’est pas un récit maritime. Pourtant, elle raconte une histoire d’isolement. Celle d’une communauté d’hommes et de femmes, enfermés dans un silo géant, souterrain, après que la Terre a été ravagée par une catastrophe. Leur seule fenêtre sur le monde: des images retransmises par une caméra. «C’est comme lorsque de chez moi, je regarde les nouvelles à travers l’écran de télé ou d’un ordinateur, on n’y voit toujours que le pire. Ce monde donne l’impression d’être dangereux. Pourquoi quelqu’un voudrait quitter son sweet home?» 

«De la science-fiction très grand public»

A l’intérieur du silo, la communauté vaque à ses tâches, organisée «comme sur un bateau de plaisance, par strates. Aux ponts inférieurs, les couchettes et les mécaniciens, et plus on monte, plus c’est beau. Jusqu’à la cabine du propriétaire du bateau». La révolte gronde. « C’est de la science-fiction très grand public avec une qualité narrative incroyable, note Manuel Tricoteaux, directeur de la collection Exofictions chez Actes Sud. En plus, ce n’est pas très courant de prendre comme protagoniste principal un personnage féminin.» Loin des clichés, Hugh Howey: dans un de ses autres romans, le héros est gay.

Les plages de Jupiter

Aujourd’hui, la mer, Hugh Howey l’observe en marchant avec son épouse sur les plages de Jupiter, toponyme rêvé pour un écrivain de SF, une ville côtière de Floride. Il la scrute aussi par le hublot des avions, puisqu’il parcourt le monde pour la promotion de Silo. D’abord auto-publié sur Amazon par épisodes, et vendu à 500.000 exemplaires en édition électronique aux Etats-Unis, Silo a été publié en version papier par la maison d’édition Simon & Schuster et acheté par vingt-quatre éditeurs étrangers. Ce fils d’une prof de maths et d’un père fermier n’en revient toujours pas de son succès, comme des droits d’adaptation au cinéma achetés par la 20th Century Fox, avec le réalisateur Ridley Scott intéressé par le projet. Un juste retour à la culture des images: «Souvent, les idées d’intrigue ne me viennent pas de la littérature, mais du jeu vidéo, des comics ou des séries… »

Exofictions, la collection SF d’Actes Sud

Actes Sud avait sa collection dédié aux polars, Actes noirs. Elle possède désormais Exofictions, pour la fantasy et la SF, inauguré par le premier tome de la trilogie Silo. Les deux prochains paraîtront en 2014. Exofictions accueillera aussi prochainement le roman de science-fiction Ada, du japonais Yamada Masaki. Et plus tard, une trilogie excitante de space opera, signée James S.A. Corey.