La BD lesbienne sort enfin de sa bulle

BD Deux albums récemment sortis lèvent le tabou de l'homosexualité féminine...

Olivier Mimran

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® Alison Bechdel & éd. Denoël Graphic

La polémique autour de La vie d'Adèle, Palme d'or du dernier festival de Cannes et inspirée de la bande dessinée Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, aura au moins permis de rappeler que la bande dessinée aborde aussi régulièrement, depuis des décennies, le thème de l'homosexualité. Hasard du calendrier, deux albums récents évoquent -plus ou moins directement- le saphisme...

Le coming out par le rire

Outre le fait qu'il annonce tout de suite la couleur, La Lesbienne invisible choisit l'humour et la légèreté pour raconter les différentes étapes qui ont permis à son auteure de prendre (dès l'enfance) conscience de son homosexualité. Puis de l'assumer, tâche malaisée puisque les filles qui l'attirent la trouvent d'abord «trop féminine». De désillusions en râteaux, OcéaneRoseMarie énumère les nombreuses idées reçues dont sont trop souvent victimes les lesbiennes... Drôle et enlevé, admirablement mis en images par Sandrine Revel, l'album peine néanmoins à trouver son rythme. Mais le message de tolérance qu'il véhicule nous parvient quand même avec force, et c'est bien l'essentiel.
La Lesbienne invisible d'OcéaneRoseMarie & Sandrine Revel - éd. Delcourt, 15,95€.

Une œuvre bâtie autour d'une orientation sexuelle

En 2006, l'américaine Alison Bechdel faisait son coming out dans le remarquable et remarqué Fun home:  elle y racontait comment elle prenait conscience de son homosexualité après avoir découvert que son père entretenait des aventures avec de jeunes hommes. Considérée comme un des auteurs majeurs de la bande dessinée made in usa, cette icône des milieux gay et lesbien poursuit aujourd'hui sa quête existentielle dans C'est toi, ma maman?. Il y est toutefois moins question de son homosexualité puisque le sujet du livre se situe chronologiquement après Fun home et que Bechdel s'y décrit comme une femme assumant désormais pleinement son orientation sexuelle.

Cette fois, Alison Bechdel s'attache à décrypter, sur 300 pages, la relation qu'elle entretient avec une mère qui a cessé de la toucher alors qu'elle n'avait que sept ans! Perturbant, comme les secrets de son père. Mais si l'auteure reconnaît que ces événements l'ont construite, elle n'en fait jamais des éléments fondateurs de son homosexualité. Car il faut préciser que, malgré ceux-ci, Bechdel a toujours conservé un lien privilégié avec ses parents... à travers leur passion commune pour la littérature. Ainsi, si les ombres de Joyce, Proust et Camus planaient au-dessus de Fun home, ce sont celles du pédo-psychiatre Donald Winnicott et de Virginia Woolf qui «habitent» C'est toi, ma maman?. Dense et intense, ce pavé d'intelligence ramène l'orientation sexuelle de son auteure à ce qu'elle est intrinsèquement: un simple aspect de sa personne parmi tant d'autres.
C'est toi, ma maman ? d'Alison Bechdel - éd. Denoël Graphic, 24€.

Des planches de théatre à celles de papier
«La lesbienne invisible» est adapté (avec l'aide de Murielle Magellan) du spectacle éponyme, actuellement en tournée dans toute la france. Renseignements sur le site de la chanteuse, comédienne et chroniqueuse d'«On va tous y passer», l'émission qu'anime Frédéric Lopez sur France Inter.