Et si la rentrée littéraire était tombée gravement malade?

Joel Metreau

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La maladie, un thème de la rentrée littéraire.
La maladie, un thème de la rentrée littéraire. — V. Wartner / 20 Minutes

Comment raconter une maladie grave? Qu’écrire alors qu’on est sous son emprise? Diagnostic, symptôme, douleur,  mort…  Des livres de cette rentrée littéraire explore ces thèmes et montre comment l’écriture est parfois vécue comme l’ultime rempart contre sa menace.

Un prix Pulizer sur le cancer
C’est un ouvrage passionnant, à la fois enquête, témoignage et récit d’histoire écrit par un médecin oncologue l’Américain Siddharta Mukherjee. Cette «biographie du cancer» érudite et élégante a gagné une belle distinction, le Prix Pulitzer de l’essai en 2011. Dans la tradition des écrivains-médecins, Siddharta Mukherjee dissèque avec méticulosité et empathie «The Big C» et raconte le combat contre cette maladie, encore honteuse.  «Un patient, bien avant d’être le sujet d’une attention médicale, est tout simplement un conteur, un narrateur de la souffrance, un voyageur qui a visité le royaume de la maladie. Pour se soulager d’une maladie, il faut d’abord déballer son histoire.»
L’empereur de toutes les maladies de Siddharta Mukherjee, Flammarion, 23€

Chroniques avant la mort
Lorsque Christopher Hitchens apprend qu’il est atteint d’un cancer de l’œsophage, en juin 2010, à 61 ans, le journaliste britannique en fait aussitôt part dans le magazine auquel il collaborait comme critique littéraire Vanity Fair. Vivre en mourant rassemble certaines de ses chroniques de la maladie, où l’écrivain antithéiste décrit avec verve et ironie ses traitements en continuant de régler ses comptes aux religions.  «Je me suis résigné à la perte de mes cheveux, que j’ai commencé à ramasser dans la douche pendant les deux premières semaines du traitement et que j’ai collectées dans un sac en plastique, afin qu’ils aident à remplir un barrage flottant dans le golfe du Mexique.» Hitchens est décédé le 15 décembre 2011.
Vivre en mourant de Christopher Hitchens, Flammarion, 17€

Le corps comme sarcophage
Au début de Palladium, un compte à rebours entraîne le lecteur vers la date fatidique où l’auteur sera paralysé. Ciguatera, Lyme ou syndrome de Guillain-Barré? Le Français Boris Razon échafaude des hypothèses avant d’être assailli par des hallucinations dans un corps qui devient sarcophage. «J’ai l’impression  que mon cerveau est un labyrinthe, que mon corps en est un autre et que je parviendrai jamais à m’en sortir», note-t-il. Cette autofiction, rythmée par des extraits  du dossier médical et des feuilles de prescription médicale, est aussi un exorcisme. «Je pleurais sur l’évidence de ce qui m’était arrivé: un autre avait pris possession de moi.»
Palladium de Boris Razon, Stock, 22€

Voyage de Shanghai à l’enfance
«Je serai donc mon propre interprète, ou plutôt ma maladie me servira d’espéranto. Tous les hommes sont malades. La douleur est une langue commune.» Philippe Rahmy  a été invité par la Chine à participer à une résidence d’écrivains à Shanghai. Dans Béton armé,  il fait part de cette aventure, avec détachement  et circonspection. La mégalopole asiatique est décrite dans une succession de scènes vives. Au-delà du récit du voyage, Philippe Rahmy revient sur son passé partagé avec une maladie, l’ostéogenèse imparfaite, la maladie des os de verre. Le chaos de Shanghai prend alors une dimension plus menaçante.
Béton armé de Philippe Rahmy, La Table Ronde, 17€

Le gothique Sir Huntington
La chorée de Huntington. Le nom est doux, poétique. La maladie se traduit par des troubles moteurs ou des symptômes psychiatriques comme la dépression.  Dans le roman gothique contemporain Lady Hunt, de Hélène Frappat, c’est un spectre qui plane au-dessus de son héroïne Laura Kern, une agente immobilière qui fait visiter des appartements haussmanniens aussi vastes que lugubres. Son père en a été atteint, elle pourrit l’être, sa sœur aussi. Cette chorée est une maladie génétique. «Huntington. Un nom de gentleman anglais. Des origines en commun avec nous, les sœurs galloises. Sir Huntington. Le nom du club select dont nous serons peut-être bientôt membres.»
Lady Hunt, de Hélène Frappat, Actes Sud, 20€