Les mélodies toujours plus belles d’Agnes Obel

Benjamin Chapon

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La chanteuse danoise Agnes Obel
La chanteuse danoise Agnes Obel — Frank Eidel

Peut-on rééditer un miracle? Agnes Obel le peut et le prouve. Auteur en 2010 de l’album Philharmonics, la pianiste et chanteuse danoise sort Aventine. On y retrouve sa voix, ses harmonies et une ambiance qui avait fait le succès de son premier opus.

Agnes Obel est de ses artistes qui remettent du baume au cœur des mélomanes. Non seulement sa musique est prodigieusement belle mais elle a su trouver un public nombreux. Sur le demi-million d’albums vendus, Agnes Obel en a écoulé 150.000 en France. Offrir Philharmonics était l’assurance de faire plaisir.

Cette musique belle, unique et pourtant universelle, Agnes Obel est allée la polir un peu plus encore avec Aventine. Plutôt que le cliché éculé du diamant aux millions de facettes, la musique d’Agnes Obel évoque plutôt une forêt où, selon l’heure du jour, la température, l’humidité, les sensations sont infinies.

Pas besoin d’un doctorat en sciences physiques

«On me dit parfois, avec la peur de me vexer, que ma musique à l’air simple. J’entends ça comme un compliment, je voudrais que les gens écoutent ma musique comme on regarde un feu brûler ou un torrent couler. Je ne demande pas aux gens d’analyser les harmonies que je choisis comme on n’a pas besoin de comprendre les lois de la physique pour apprécier un bon feu de cheminée.»

Peut-être parce que sa musique nous transporte dans des sphères très intimes, que les émotions qu’elle procure ne se disent pas, on imagine un processus créatif long, secret et douloureux. «Le plus dur, pour moi, a été de monter sur scène, explique Agnes Obel. Le succès m’a apporté ça: j’ai dû combattre ma nature. J’ai eu la chance de toucher les gens avec mon album, je ne pouvais pas me défiler, je devais leur présenter ma musique en direct.»

Retour à Berlin

Un an et demi de concerts triomphaux a aguerri Agnes Obel. «J’ai compris que je ne devais pas hésiter à mettre plus d’intensité dans ma musique.» Avec le peu de confiance en elle que son caractère discret lui autorise, elle est donc retournée à son piano et son appartement berlinois.

 

«J’ai trouvé une méthode et un confort de travail, je me sens bien où je suis, je connais bien mon piano. Je pourrais remettre tout ça en jeu par goût du risque mais je préfère mettre ma force et mon courage dans la composition de chansons.»

Plus que la bière et les loyers modérés, Agnes Obel aime retrouver à Berlin un certain calme. «Quand je suis arrivé à Berlin en 2008, je ne connaissais personne, ça m’a donné l’opportunité de me concentrer uniquement sur ma musique, de me détacher des scènes musicales que j’avais connues, de rechercher une musique vraiment intime.»

La tentation du Pacifique

«Les artistes sont bien considérés ici, on ne vous demande pas quel est votre vrai métier quand vous dites que vous êtes musicienne. La scène éléctro est très présente et bruyante, j’ai fantasmé un déménagement au bord de la mer, peut-être sur la côte ouest américaine, pour trouver un environnement musical qui me ressemble plus mais j’ai abandonné l’idée.»

Tant mieux pour nous. Agnes Obel est restée européenne et reviendra donc bientôt en France pour une série de concerts. En live, sa musique est encore plus bouleversante. Oui, c’est possible.